• Plage Bonaparte à Plouha (Côtes d'Armor) - Haut-lieu de la Résistance

  • Sacy-le-Grand (Oise) - Mémorial en souvenir du F/O H. H. MacKenzie (RCAF)

  • Supermarine LF Mk.Vb Spitfire EP120 - G-LFVB - (The Fighter Collection)

  • Le Cardonnois (Somme) - Stèle à la mémoire de l'équipage du Boeing B-17 #42-31325, 452nd Bomb Group

  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)

 

18 août 1944

 

Squadron Leader Eugeniusz HORBACZEWSKI

 

P-51 "Mustang III" # PK-K

Fighter Squadron 315 de la Polish Air Force

 

Velennes (Oise)

 

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Eugeniusz Horbaczewski était né le 28 septembre 1917 à Kiev (désormais en Ukraine) de parents polonais.

Attiré par l’Aviation, il obtint en 1935 son brevet de pilote de planeur sur le terrain d’Ustianowa avant de poursuivre, en 1936, ses études secondaires à Brzesc (aujourd’hui Brest-Litovsk, en Biélorussie).

En 1937, à Bielsko-Aleksandrowice, il débuta son apprentissage de pilote d’avion à moteur.

En janvier 1938, il rejoignit l’Ecole des Cadets des Forces Aériennes Polonaises de Deblin.

Le 1er septembre 1939, il obtint son brevet de pilote de chasse de l’Armée de l’Air polonaise, le jour même où l’Armée allemande envahissait son pays sans déclaration de guerre. Bien que débutant, il effectua entre le 9 et le 11 septembre, 3 missions de reconnaissance au cours de la Bataille de Pologne.

La rapide défaite de l’Armée polonaise face à l’envahisseur allemand fit naître chez lui un profond sentiment de revanche. Le 17 septembre, sans déclaration de guerre, l’Armée soviétique entrait, à son tour, en Pologne. Fin octobre, après bien des difficultés et comme bon nombre d’aviateurs polonais, il parvint à gagner la Roumanie puis, via la Yougoslavie et la Grèce, il rejoignit la France et la base de Bordeaux-Mérignac.

Le 10 mai 1940, la Wehrmacht attaquait à l’Ouest. Six semaines plus tard, la défaite était consommée sur le sol français. Le 22 juin, l’armistice était signé dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne.

Le 24 juin, le S/Lt Horbaczewski parvint in extremis, avec de nombreux compatriotes, à embarquer à bord d’un navire, depuis le port de Saint Jean-de-Luz, à destination de Liverpool, en Angleterre, afin de poursuivre la lutte.  

Au cours de l’été 1940, il était intégré dans la Royal Air Force et rejoignit l’école de pilotage de Bristol pour y suivre un entrainement accéléré sur le matériel britannique.

Le 15 juillet 1941, il était transféré pendant quelques jours à la 18 OTU spécialisée dans l’entrainement des pilotes de bombardiers avant d’intégrer la 58 OTU qui formait les pilotes de chasse sur le fameux Spitfire.

A la fin août 1941, Eugeniusz Horbaczewski fut affecté au Squadron polonais 303 “Kościuszko”, intégré dans la Royal Air Force. Au sein de ce Squadron débutèrent ses missions de guerre au dessus de la Manche face à une Luftwaffe alors à son zénith. A bord de son Spitfire Mk V, il enregistra sa première victoire homologuée le 4 avril 1942 en abattant un Focke-Wulf 190 au dessus du Pas-de-Calais. Il obtint sa deuxième victoire le 16 avril puis une troisième le 19 août lors de l’opération Jubilee à Dieppe. Il se révéla alors un pilote doué.

A partir du 10 septembre 1942, il rejoignit le Squadron 302 “Poznański”. Les combats aériens étaient usants. A cette période, il avait déjà effectué 65 missions de guerre. Mis au repos, il retourna le 3 décembre 1942 à la 58 OTU, cette fois en tant qu’instructeur, avec le grade de Flying Officer.

Au début de l’année 1943, il se porta volontaire pour aller combattre l’Afrikakorps. En Tunisie, il forma, avec d’autres pilotes polonais, le fameux “Skalski Circus”. Volontaire certes mais retenu après une sélection drastique de 16 pilotes.

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Polish Fighting Team en Tunisie - Eugeniusz Horbaczewski est assis à gauche

Au sein du “Polish Fighting Team” sous le commandement du S/Ldr Stanislaw Skalski, le talent de chasseur d’Eugeniusz Horbaczewski éclata littéralement. En moins de deux mois (du 18 mars au 12 mai), les intrépides pilotes polonais, à bord de leurs Spitfire Mk IX, créèrent la sensation auprès du haut-commandement allié en détruisant 25 appareils de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica italienne + 3 probables. Le lieutenant Horbaczewski fut le pilote le plus performant du “Cirque Skalski” avec 5 victoires : quatre Messerschmitt-109 et un bimoteur Junkers 88 tombèrent sous le feu de ses mitrailleuses en 41 missions de guerre. Depuis le début du conflit, il totalisait 8 victoires homologuées. En haut-lieu, sa vista était remarquée.

Après la dissolution du “Polish Fighting Team”, Eugeniusz Horbaczewski demeura sur le front méditerranéen tandis que la plupart des autres pilotes rejoignirent la Grande Bretagne.

L’Afrique du Nord libérée, il quitta la Tunisie pour Malte. Il intégra d’abord le Squadron 601 de la Royal Air Force puis rejoignit le 6 juillet 1943 le Squadron 43 de la Desert Air Force dont il prit le commandement le 9 août. Dans le ciel de Sicile et du sud de l’Italie il abattit de nouveau trois appareils ennemis.

Le 20 octobre, il fut finalement rappelé en Grande Bretagne où se préparait, sous le sceau du secret, l’invasion alliée du continent, quelque part entre le nord de la Bretagne et le littoral belge.

A la fin de l’année 1943, Eugeniusz Horbaczewski comptait11 victoires + 1 victoire probable + 1 avion ennemi endommagé.

Courant janvier 1944, il fut affecté sur la base de Northolt pour sa conversion sur un nouvel appareil, le North American Mustang III.

Le 15 février, il prit le commandement du Squadron 315 “Debliński” au sein de la 2e Tactical Air Force, de création récente, pour les besoins exclusifs du futur débarquement. Il fut promu officiellement Squadron Leader.

Sqn 315

Le 20 février, à la tête de son Squadron, débutèrent ses missions. 57 autres allaient se succéder au dessus de la France, du nord de l’Europe, jusqu’en Norvège, menant de périlleuses attaques à basse altitude sur des gares de triage, des installations portuaires et autres places fortes nazies, toutes hérissées de la redoutable Flak : défense contre avions très dense.

Brenzett. Picture taken after this flight. From left FLt Przymienski IO FO Swistun SLdr Horbaczewski FO Nowosielski FLt Cwynar WO Jankowski and WO Bedkowski . Missing on a
Brenzett - juillet 1944 - Retour de mission
De gauche à droite :

F/Lt Przymienski, F/O Swistun, S/Ldr Horbaczewski, F/O Nowosielski, F/Lt Cwynar, W/O Jankowski and W/O Bedkowski .

Après le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944, une autre tâche ardue s’ajouta aux aviateurs du Squadron 315 : chasser dans le ciel anglais les V1, bombes volantes nazies très meurtrières, qui terrorisaient et tentaient de démoraliser les populations civiles. Le S/Ldr Horbaczewski s’en adjugea quatre.

La bataille de Normandie faisait rage. Le 22 juin, au cours d’une virulente attaque au sol de positions allemandes dans le port de Cherbourg, le Squadron Leader Horbaczewski aperçut le Mustang III du Sgt Tamowicz, sérieusement touché par la Flak. Le pilote fut contraint d’effectuer, au plus vite, un atterrissage forcé entre les lignes ennemies et américaines, dans un secteur marécageux de la péninsule du Cotentin. Eugeniusz Horbaczewski, qui avait observé la scène, cercla au-dessus de son compagnon d’escadrille. Bien que blessé aux jambes, le Sgt Tamowicz parvint à s’extraire de son appareil, indiquant à son Leader qu’il était sauf.

Avec l’esprit de décision qui l’animait en permanence, Eugeniusz Horbaczewski posa son appareil sur le terrain d’Azéville à peine aménagé par l’Armée américaine. Empruntant immédiatement une Jeep, il se dirigea vers le secteur où l’appareil de son équipier s’était abîmé.

Pendant ce temps, le Mustang du Sgt Tamowicz s’enfonçait de plus en plus dans la vase. A sa grande surprise, le pilote aperçut soudain Eugeniusz Horbaczewski venir le secourir. Pataugeant dans le marais, les deux hommes parvinrent à rejoindre la Jeep puis les lignes alliées et enfin l’appareil d’Horbaczewski. Bien que prévu pour un seul homme, Tamowicz prit alors place dans le cockpit du Mustang avant que son Squadron Leader s’asseye sur les genoux de son compagnon gémissant.

Rejoignant l’extrémité de la piste, l’appareil décolla plein gaz en direction de l’Angleterre sous les hourras des soldats américains qui avaient assisté à la scène.

Après avoir atterri à Coolham, Horbaczewski et Tamowicz furent, cette fois, acclamés par le personnel de leur propre Squadron, stupéfait de voir deux hommes s’extraire du cockpit du Mustang. Le Sgt Tamowicz fut rapidement transféré dans un hôpital et soigné.

Ceux qui assistèrent à cette scène se sont toujours souvenus de l’action héroïque et du panache d’Eugeniusz Horbaczewski. Ce sauvetage peu commun est resté dans les annales de la Royal Air Force.

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Au cours de l’été 1944, les pilotes polonais du Squadron 315 effectuaient également des missions d’escorte de bombardiers vers les lointains ports de Norvège. Le S/Ldr Eugeniusz Horbaczewski, surnommé “Dziubek”, remplissait pleinement son rôle, conseillant la prudence aux néophytes impétueux qui étaient là pour apprendre. Ces raids s’avéraient souvent difficiles. Sur ces objectifs, la Flak était plus que dense. Le retour était long avec parfois certains appareils endommagés.

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Fin juillet, son palmarès s’était encore étoffé, totalisant à ce moment 14 victoires (dont 1 partagée).

Vendredi 18 août 1944, la mission “Rodeo 385” était décidée par le Fighter Command. Pour les pilotes du Squadron 315, ordre leur était donné de patrouiller dans le triangle formé par les cités de Boulogne-sur-Mer, Le Havre et Paris et d’y détruire toute cible au sol comme dans les airs.

Le S/Ldr Horbaczewski souffrait depuis plusieurs jours d’une forte bronchite avec fièvre mais passa outre l’avis médical qui tentait de le dissuader de voler. Horbaczewski avait, cette fois, le pressentiment qu’en cas d’affrontement avec l’ennemi, il n’en reviendrait pas. Il décida cependant d’effectuer la mission prévue.

Sur la base de Brenzett, 12 “Mustang III” du Squadron 315 décollèrent aux environs de 7h15 puis mirent le cap en direction de la Manche : code-radio “Central” !

Un passage et une éventuelle attaque du terrain d’aviation d’Abbeville-Drucat étaient prévus mais la base semblait déserte… Les pilotes polonais prirent alors la direction de Beauvais-Tillé, un aérodrome dangereux, au-dessus duquel, par le passé, la Royal Air Force avait subi des pertes.

Au moins trois dizaines d’avions ennemis se présentèrent à eux… Bien que le silence radio était rompu, les pilotes du Squadron 315 n’entendirent pas comme d’habitude leur Leader leur donner les dernières directives, les conseiller et les orienter dans le combat… Ces appareils étaient des Focke-Wulf 190 A8 de la JG 26. D’autres étaient aperçus en train de décoller, à quelques secondes d’intervalle, tout en faisant onduler l’herbe de l’aérodrome.

La mauvaise surprise fut totale pour les aviateurs allemands. Ayant largué leurs réservoirs supplémentaires, les Polonais surgissaient du soleil, fondaient sur l’ennemi et le prirent littéralement à la gorge… Bien que fiévreux, grippé et avec de surcroît une radio en panne, leur leader menait son Squadron de main de maître avec ses onze équipiers faisant corps. Du côté allemand, une débandade inhabituelle gagna les escadrilles au décollage ou déjà en l’air. Eugeniusz Horbaczewski abattit, coup sur coup, deux Focke-Wulf 190.

Après un renversement violent, un autre Focke-Wulf se présenta dans son collimateur et tomba rapidement en flammes. Un quatrième fut sérieusement atteint. Le combat aérien faisait rage. Les aviateurs polonais firent des ravages puis brusquement le combat cessa.    

Très vite les pilotes du Squadron 315 s’aperçurent de l’absence de leur Squadron Leader. Tous l’avaient vu abattre trois appareils ennemis mais personne, dans les attaques suivantes, ne l’avait vu disparaître. Ils revinrent survoler les lieux sans rien observer le concernant. Le cœur gros, les pilotes polonais se regroupèrent puis regagnèrent l’Angleterre. Les seize Focke-Wulf 190 revendiqués comme détruits n’atténuèrent pas leur immense tristesse.

A Velennes, petit village situé à proximité de la base de Beauvais-Tillé, trois jeunes garçons, Daniel Loncke 14 ans, Constant Loncke 7 ans, se trouvaient devant le portail de la ferme familiale en compagnie de leur copain Michel Lasne 8 ans. Habitués aux combats aériens se déroulant au-dessus de leurs têtes, ils observèrent celui de cette matinée du 18 août assez distraitement malgré son ampleur. Soudain, les gamins entendirent un moteur d’avion faisant un sifflement anormal. Derrière un rideau d’arbres, un énorme bruit sourd était perçu, suivi d’un gigantesque nuage de fumée noire montant haut vers le ciel… Aucune explosion ! Dans les minutes suivantes, les enfants apprirent qu’un appareil du combat aérien, parti en piqué, s’était fiché profondément dans la terre meuble d’un champ. L’appareil était brisé en deux parties. Le moteur était totalement enfoui, comme disparu. Le fuselage était cassé au niveau du cockpit, presque intact, laissant apparaitre la cocarde britannique.

Velennes - Lieu du crash

Le site du crash à Velennes

Vers 9h30, la fumée cessa de s’échapper de l’épave mais personne n’osait encore trop s’approcher de l’appareil allié. Le cockpit paraissant vide, la majorité des témoins, tout comme les Allemands, pensaient que le pilote avait dû sauter en parachute. Des “rampants” de la Luftwaffe récupérèrent les mitrailleuses dans les ailes détachées du fuselage.

A l’approche de la soirée, sur le lieu du crash, la plaine de Velennes retrouva le calme après l’effervescence dramatique commencée tôt le matin. Après 16h30, plus aucun villageois ne déambulait, plus aucun soldat allemand ne s’affairait autour de l’avion.

C’est à ce moment qu’apparurent sur le lieu du sinistre cinq enfants d’une dizaine d’années, comme un symbole ami. Michel Lasne, accompagné de son frère et de ses sœurs, déposèrent un gros bouquet de dahlias près de l’épave de l’appareil sans pilote… puis partirent rapidement.

Velennes
Velennes, octobre 2017 - Michel Lasne et Constant Loncke sur le lieu du crash. 

Pour les deux copains, le drame du 18 août 1944 demeure un souvenir indélébile.

En cette fin août 1944, la Libération était imminente. Tout le monde oublia l’avion. L’heure était à la joie d’être bientôt libéré. L’Armée britannique étant aux portes de Beauvais, les Allemands firent sauter leurs installations à Beauvais-Tillé avant d’évacuer. La fin de quatre années de misère approchait.

En octobre, l’agriculteur propriétaire du champ attela ses chevaux et leur fit tirer l’arrière du fuselage avant de reboucher le trou contenant le moteur. Il put ensuite cultiver de nouveau.

A l’orée de l’année 1946, les camps de prisonniers situés en Allemagne se vidèrent mais il n’y avait toujours aucune trace du Squadron Leader Eugeniusz Horbaczewski.

Fin 1946, une Commission de recherche des aviateurs disparus de la Royal Air Force, en coopération avec la Croix-Rouge française, effectua des recherches dans le secteur de Beauvais-Tillé.

Au début de l’année 1947, les restes identifiés de l’officier polonais étaient finalement retrouvés sur le lieu du crash à Velennes. Dans l’extrême violence du choc, le corps du pilote s’était glissé sous le moteur de son appareil demeuré en terre. Sa dépouille fut ensuite inhumée à Creil où il repose depuis ce temps auprès de 54 autres aviateurs de la Royal Air Force tombés dans le bassin creillois, et pour la plupart, au cours de la terrible année 1944.

Tombe d'Eugeniusz Horbaczewski à Creil - mars 2018

Sa tombe dans le cimetière de Creil (Oise)

Troisième plus grand As de l’Aviation de chasse polonaise de la Seconde Guerre mondiale, le S/Ldr Horbaczewski totalisait 250 missions de guerre pendant lesquelles il obtint 16 victoires homologuées + 1 victoire partagée + 1 victoire probable + 1 appareil ennemi endommagé ainsi que 4 bombes volantes V1 abattues.

Il est titulaire des plus hautes décorations britanniques et polonaises.

Distinguished Service Order (DSO) – britannique

Distinguished Flying Cross + bar (DFC) – britannique

Virtuti Militari (2 en argent + 1 en or à titre posthume) – polonaise

Croix de la Valeur Militaire + 3 palmes (4 fois) – polonaise

 

Le 23 juin 2018, une stèle en hommage au Squadron Leader Eugeniusz Horbaczewski a été dévoilée dans le village de Velennes (Oise).

 

 

 

 

Eté 1944

 Saint Leu-d'Esserent dans la tourmente 

 

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Entre le 17 mars et le 31 août 1944, la ville de Saint-Leu-d’Esserent fut l’objet d'un nombre important de bombardements et mitraillages (selon certaines sources, il en est fait mention de 18) de la part de la 8th US Army Air Force, de la 9th US Army Air Force et de la Royal Air Force.
 
Les cibles visées étaient la gare de triage du Petit-Thérain, la ligne ferroviaire Creil-Pontoise, le port fluvial, le pont de Laversines, l’écluse, les batteries de la D.C.A allemande et les carrières souterraines qui abritaient les V1.
 
Creil - Petit Thérain - mars 1944

Petit-Thérain : bombardement du 28 mars 1944 vers midi par la 9th USAAF (source NARA)

 
Les attaques sur le sud de l'Angleterre par les bombes volantes V1, sont des nuisances réelles pour le peuple.
Steve Darlow, dans son livre "Sledgehammers for Tintacks", donne les chiffres suivants concernant les pertes dues aux V1 :
6 184 civils tués, 17 981 sérieusement blessés, 23 000 maisons détruites et des centaines de milliers endommagées.
 
La campagne de bombardement, débutée en 1943 (opération CROSSBOW) contre les rampes de lancement, a retardé et a réduit le nombre de tirs de V1 mais ne les a pas annihilés.
 
Saint Leu d'Esserent - 13 juin 1944

Photo de reconnaissance aérienne datant du 13 juin 1944

Le 29 juin 1944, le dépôt de St-Leu (code LEOPOLD) devient une cible prioritaire pour le Bomber Command afin de détruire la source d'alimentation des rampes de lancement (2 autres dépôts sont visés : Nucourt (code NORDPOL), dans le Val d'Oise, et Rilly-la-Montagne (code RICHARD), dans la Marne.
 
Les raids menés sur St-Leu et St-Maximin par la RAF, entraîneront des pertes considérables parmi les équipages de bombardiers :
54 quadrimoteurs détruits, 264 aviateurs tués, 45 sont faits prisonniers et 62 sont recueillis dans l'Oise et les départements limitrophes.
 
 Squadron 50 de la RAF

Squadron 50 de la Royal Air Force : embarquement pour une mission de nuit

 
Le premier raid de la Royal Air Force a lieu sur Saint-Leu en fin de journée le mardi 4 juillet 1944.
17 Lancasters, 1 Mosquito et 1 Mustang du célèbre 617 Squadron surnommé les "Dambusters" ("Briseurs de barrages") larguent 11 bombes Tallboy. La poussière et la fumée générées par les terribles déflagrations empêchent le largage des 6 autres bombes géantes. Aucun avion n’est perdu.
 
Le deuxième raid est la suite immédiate du premier, il se déroule dans la nuit du 4 au 5 juillet 1944.
231 Lancasters et 15 Mosquitos du 5e Groupe de la RAF larguent environ 1 157 tonnes de bombes explosives et 5 tonnes de bombes incendiaires en 3 vagues entre 01h31 et 01h45 (heure anglaise). Le bombardement est signalé comme étant précis par la RAF. La commune de Saint-Maximin, bien que non visée, fût durement touchée. 13 Lancasters ne rentrent pas en Angleterre. La RAF déplore 77 tués.
Un rapport allemand intercepté par les Britanniques le 5 juillet indique que l'entrée de la carrière n'est pas touchée, la route d'accès et la voie de chemin de fer sont détruites, néanmoins réparables en 24 heures. Les pertes humaines s'élèvent à 5 hommes du dépôt portés disparus. Pour les servants de la Flak (D.C.A.), on dénombre 5 tués, 6 blessés ainsi que 6 à 7 disparus.
 
Le troisième raid a lieu, toujours sur Saint-Leu, dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 juillet 1944.
208 Lancasters et 13 Mosquitos du 5e Groupe bombardent entre 01h16 et 01h30 (heure anglaise), se délestant, en 3 vagues venant par le sud-ouest, de 1 121 tonnes de bombes explosives et de 4 tonnes de bombes incendiaires. 32 avions sont perdus. C’est le bombardement le plus meurtrier pour les habitants de la ville. 10 personnes vont perdre la vie. De son côté, la RAF déplore 142 tués et 30 prisonniers mais 47 hommes seront sauvés par des particuliers et la Résistance.
 
Saint Leu d'Esserent - Carrière du Couvent  Saint Leu d'Esserent - La carrière du Couvent
Objectif : les carrières abritant les V1
A gauche : l'entrée de la carrière du Couvent
A droite : vue au dessus de la carrière du Couvent
(photos prises en septembre 1944)
 
Le quatrième raid a lieu dans l’après-midi du mercredi 12 juillet 1944.
168 Halifax, 46 Lancasters et 8 Mosquitos des 4e, 6e et 8e Groupes bombardent les carrières de Thiverny. La cible est couverte de nuages, le résultat ne peut être observé. Aucun appareil n’est perdu.
 
Le cinquième raid vise les carrières de Trossy-Saint-Maximin. Dans l’après-midi du mercredi 2 août 1944, 94 Lancasters et 2 Mosquitos larguent 650 tonnes de bombes. Tous les appareils retournent à leur base.
 
Le sixième raid est de nouveau dirigé sur Trossy-Saint-Maximin. Il se déroule dans l’après-midi du jeudi 3 août 1944.
191 Lancasters, 40 Halifax et 2 Mosquitos larguent 1 700 tonnes de bombes. 5 Lancasters sont perdus. La fumée générée par les explosions gêne considérablement la seconde vague. La ville de Saint-Maximin est sinistrée à plus de 90 %.
 
La septième attaque composée de 5 Mosquitos et de 61 Lancasters bombardent Trossy-Saint-Maximin le vendredi 4 août 1944. 2 Lancasters sont détruits.
 
Le huitième et dernier raid vise à nouveau Saint-Leu d’Esserent. En début d’après-midi du samedi 5 août 1944, une armada initiale de 456 appareils de la RAF (441 prendront part au raid, selon certaines sources), comprenant 60 Lancasters, 196 Halifax et 7 Mosquitos, pour la première vague, puis de 189 Lancasters et 6 Mosquitos pour la seconde, larguent environ 2 193 tonnes de bombes.
Un Halifax s’écrase aux environs du Carrefour des Ripailles (au nord de Chantilly), un second Halifax s'écrase lors de son retour en Angleterre. La liste des victimes de la ville s’allonge puisque 3 personnes perdent la vie lors de cette attaque.
 
Le bombardement du 5 août est le plus important jamais mené sur le département de l’Oise. Les communes de Gouvieux, Lamorlaye, Creil, mais surtout Précy-sur-Oise (12 tués) ne sont pas épargnées.
 
Début septembre 1944, après la Libération, Saint-Leu-d’Esserent est une ville fantôme. Une grande partie des 1 600 habitants avait évacué suite aux bombardements. La commune est sinistrée à 85%, dont 45% totalement. Hormis le quartier de la mairie miraculeusement épargné, les habitants ne reconnaissent plus leur ville. Ce n’est qu’un spectacle de désolation et de ruines.
 
Saint Leu d'Esserent - Rue Henri Barbusse  Saint Leu d'Esserent - Rue Christine
                 Saint-Leu-d'Esserent : le bas de la rue Henri Barbusse                                            Saint-Leu-d'Esserent : Rue Christine
 
        Saint Leu d'Esserent - Près du Quai d'Amont  Saint Leu d'Esserent - Rue de l'Hôtel-Dieu                      Saint-Leu-d'Esserent : à proximité du Quai d'Amont                                        Saint-Leu-d'Esserent : rue de l'Hôtel-Dieu
 
L’Eglise, joyau de la cité, a subi de sévères destructions. Des années de travaux seront nécessaires à sa remise en état. Le bétail a été décimé. La route Saint-Leu/Creil n'est plus carrossable et cela pour de longs mois. Aucun train et aucune péniche ne circulent. Le ravitaillement est très difficile, on manque de tout.
 
Le 20 octobre 1944, la municipalité demande l’adoption de la commune par une ville anglaise ou américaine :
"En raison des dégâts considérables des bombardements… qui ont atteint 85% des habitants, des monuments historiques tels que l’église, une grande partie des terres cultivables et des champignonnières et qui ont paralysé l’industrie locale par la destruction des principaux établissements industriels (Sucrerie, Petit-Thérain, port de déchargement des bateaux)… "
 
On peut noter que le 28 décembre 1944 : " Le gaz et l’électricité fonctionnent mais les travaux pour amener l’eau sont en cours. Les moyens de transport manquent pour apporter les baraquements pour les sinistrés".
 
En 1945, Saint-Leu-d’Esserent reste pour de longues années meurtrie par la guerre. Un grand nombre de sinistrés vivent dans des baraques provisoires ou dans des logements à moitié détruits. Le ravitaillement est insuffisant et se chauffer est difficile.
 
 
V1 à Paris en 1945
V1 exposé à Paris en 1945
 
Le 11 novembre 1948, la Croix de guerre 39/45 avec une citation à l’Ordre du Régiment est décernée à la ville de Saint-Leu-d’Esserent.
 
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux vétérans de la RAF et des familles de disparus sont venus en pèlerinage à Saint-Leu-d'Esserent.
 
Blason RAFES 
Insigne offert en octobre 1983 à la mairie de Saint-Leu-d'Esserent
par le F/L Keith J. Stevens de la Royal Australian Air Force
dont le Lancaster fut abattu dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944.
 
31 civils, dont 16 Lupoviciennes et Lupoviciens, ont perdu la vie lors des différents bombardements de l'année 1944 sur le territoire de St-Leu. On peut ajouter 15 autres tués des communes voisines, Saint-Maximin, Précy-sur-Oise et Lamorlaye au mois d'août 1944 lorsque la ville de St-Leu était visée.
 
Le tonnage de bombes tombées du ciel en juillet/août 1944 est estimé à 9 000 tonnes.
 
 
 
Pertes du BOMBER COMMAND lors des raids sur Saint-Leu-d'Esserent et Saint-Maximin durant l’été 1944
 

Date

Type d’avion

Serial number

Squadron

Objectif

Tués

Prisonniers

Evadés

4-5 juillet 1944 Lancaster LL785   9 Saint-Leu 8 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster ME699 44 Saint-Leu 6 - 2
4-5 juillet 1944 Lancaster PB195 49 Saint-Leu 7 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster JB486 57 Saint-Leu 7 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster JB723 57 Saint-Leu 7 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster EE186 61 Saint-Leu - 5 2
4-5 juillet 1944 Lancaster ME832 106 Saint-Leu 6 - 1
4-5 juillet 1944 Lancaster ND339 106 Saint-Leu 1 2 4
4-5 juillet 1944 Lancaster LM125 207 Saint-Leu 7 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster ND570 207 Saint-Leu 6 1 -
4-5 juillet 1944 Lancaster HK536 463 Saint-Leu 7 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster ME614 463 Saint-Leu 8 - -
4-5 juillet 1944 Lancaster ME867 630 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster JA690   9 Saint-Leu 1 - 7
7-8 juillet 1944 Lancaster JA957   9 Saint-Leu 6 - 1
7-8 juillet 1944 Lancaster JB116   9 Saint-Leu 4 3 -
7-8 juillet 1944 Lancaster LM631 44 Saint-Leu 2 - 5
7-8 juillet 1944 Lancaster ME634 44 Saint-Leu 2 3 2
7-8 juillet 1944 Lancaster ME859 44 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster LL976 49 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster LM541 49 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster PB207 49 Saint-Leu - - -
7-8 juillet 1944 Lancaster DV227 50 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster DV363 50 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster PA996 50 Saint-Leu 6 - 1
7-8 juillet 1944 Lancaster JB370 57 Saint-Leu - 3 4
7-8 juillet 1944 Lancaster LM522 57 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster ME868 57 Saint-Leu 3 1 2
7-8 juillet 1944 Lancaster ND867 61 Saint-Leu 5 1 1
7-8 juillet 1944 Lancaster R5856 61 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster ND966 83 Saint-Leu 5 1 1
7-8 juillet 1944 Lancaster JB641 106 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster ME668 106 Saint-Leu 4 3 -
7-8 juillet 1944 Lancaster ME789 106 Saint-Leu - 6 1
7-8 juillet 1944 Lancaster ME831 106 Saint-Leu - 2 5
7-8 juillet 1944 Lancaster PB144 106 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster LM129 207 Saint-Leu 3 3 1
7-8 juillet 1944 Lancaster LM218 207 Saint-Leu 5 - 2
7-8 juillet 1944 Lancaster ME805 207 Saint-Leu - 2 5
7-8 juillet 1944 Lancaster ND567 207 Saint-Leu 5 1 1
7-8 juillet 1944 Lancaster ND866 207 Saint-Leu 6 1 -
7-8 juillet 1944 Lancaster LM219 467 Saint-Leu 6 - 2
7-8 juillet 1944 Lancaster LM338 467 Saint-Leu 7 - -
7-8 juillet 1944 Lancaster ME745 619 Saint-Leu 2 - 5
7-8 juillet 1944 Lancaster ND688 630 Saint-Leu 6 1 -
3 août 1944 Lancaster PA162 61 Saint-Maximin 6 - 1
3 août 1944 Lancaster ME839 166 Saint-Maximin 5 1 1
3 août 1944 Lancaster PB125 460 Saint-Maximin 7 - -
3 août 1944 Lancaster ME568 619 Saint-Maximin 7 - -
3 août 1944 Lancaster LM163 625 Saint-Maximin 2 4 -
4 août 1944 Lancaster PA983 635 Saint-Maximin 8 - -
4 août 1944 Lancaster ND811 635 Saint-Maximin 3 - 4
5 août 1944 Halifax LL594 425 Saint-Leu 6 1 1
5 août 1944 Halifax MZ828 433 Saint-Leu 2 - -
TOTAL DES PERTES 54 264 45 62

 

9

Source : J-P Mathieu

 

8 juillet 1944

 

Boeing B-17G # 43-37747

 

452nd Bomb Group

729th Bomb Squadron

8th Air Force

 

Boubiers (Oise)

 

                                                                                                             

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Le Débarquement des troupes anglo-canadiennes et américaines s'était déroulé depuis le 6 juin mais la bataille faisait toujours rage en Normandie. L’offensive aérienne stratégique alliée se poursuivait et s’intensifiait quotidiennement, de jour comme de nuit, dans le ciel de France et de l’Ouest de l’Europe.

En ce 8 juillet 1944, la cible prioritaire définie par le 8e Bomber Command américain était le bombardement de la gare de triage de Rouen. Les Boeing B-17 « Forteresses volantes » du 452nd Bomb Group, basé à Deopham Green, furent désignés pour participer, parmi d’autres, à ce raid.

Au cours du briefing, les jeunes équipages prirent connaissance de l’objectif. A leur grand soulagement, il se situait proche des côtes de France. A priori, cette mission ne s’annonçait pas comme la plus difficile, contrairement aux jours précédents où ils avaient dû pénétrer profondément au dessus du territoire du Reich.

Tôt dans la matinée, chargés chacun de leur deux tonnes de bombes, les appareils décollaient un à un puis s’assemblaient en formation au dessus de l’Angleterre avant de mettre le cap vers la France.

Parmi ces équipages se trouvait celui du B-17 # 43-37747 :

1st Lt Everett G. HANSON Jr Pilote 20 ans Mort au combat East Blackstone, Massachusetts
2nd Lt James H. HEINZEN Copilote 26 ans Mort au combat Wayzata, Minnesota
2nd Lt Leonard S. MARCUS Navigateur 26 ans Mort au combat Worcester, Massachusetts
1st Lt Donald J. LYMA Bombardier 19 ans Mort au combat Sacramento, Californie
T/Sgt George I. GRISSOM Mitrailleur supérieur 20 ans Mort au combat Hammond, Indiana
T/Sgt Chester L. POOL Opérateur-radio 20 ans Mort au combat Oklahoma City, Oklahoma
S/Sgt Lloyd P. POHRTE Mitrailleur ventral 19 ans Mort au combat Berwyn, Illinois
S/Sgt Russell D. JONES Mitrailleur latéral droit 21 ans Mort au combat Baltimore, Maryland
S/Sgt Arthur SCHULZE Mitrailleur latéral gauche 25 ans Prisonnier Chicago, Illinois
S/Sgt Van J. McMANUS Mitrailleur de queue 19 ans Mort au combat York, Caroline du Sud

 

1st Lt Everett G. HANSON Jr  2nd Lt James H. HEINZEN  2nd Lt Leonard S. MARCUS  1st Lt Donald J. LYMA

        1st Lt Everett G. HANSON Jr            2nd Lt James H. HEINZEN             2nd Lt Leonard S. MARCUS                      1st Lt Donald J. LYMA

            
S/Sgt Russell D. JONES  S/Sgt Athur SCHULZE  S/Sgt Van J. McMANUS

                                                 S/Sgt Russell D. JONES            S/Sgt Arthur SCHULZE              S/Sgt Van J. McMANUS

Aux commandes de l’appareil, le 1st Lt Everett G. Hanson Jr était un pilote expérimenté malgré son jeune âge. C’était sa 32e mission, comme pour la plupart des membres de son équipage.

Stationné en Angleterre depuis le mois de mai, cet équipage était désormais très soudé et aguerri. Chacun éprouvait une totale confiance envers l’autre.

Ce 8 juillet revêtait un aspect particulier pour le 1st Lt Hanson : c’était son vingtième anniversaire. Si la mission venait à se dérouler parfaitement, il le fêterait au mess du Squadron avec les membres de son équipage après le retour à la base. Il ne leur resterait alors plus que trois missions à effectuer avant de pouvoir enfin rentrer au pays et retrouver leurs proches.

Les formations de bombardiers survolaient maintenant la Manche. La météo se dégradait progressivement. Des couches nuageuses obligeaient les appareils à perdre de l’altitude entraînant une certaine désorganisation au sein des formations.

Dès le franchissement de la côte française, la Flak, la défense antiaérienne allemande, se déchaîna, tentant d’abattre les appareils qui s’alignaient pour la phase finale d’approche.

Il n’était plus question de dévier de la trajectoire. Malgré les éclatements des obus de gros calibre de la Flak qui entouraient et frappaient les appareils, il fallait maintenir le cap, droit vers l’objectif.

Parvenus au dessus de la cible, à haute altitude, celle-ci était masquée par les nuages. Le bombardement s’avèra impossible.

Certains appareils, dont celui piloté par le 1st Lt Hanson, mirent alors le cap au sud-est en direction de Mantes-la-Jolie. C’était l’un des secteurs secondaires à bombarder tel qu’il avait été défini lors du briefing.

Les ponts enjambant la Seine et les installations ferroviaires de la ville étaient des cibles potentielles. Il fallait à tout prix désorganiser l’ennemi qui tentait d’envoyer des renforts vers le front de Normandie.

A quelques kilomètres plus au nord, les carrières souterraines de Nucourt, connues pour abriter un centre de stockage de bombes volantes V1, étaient aussi une cible à détruire. Depuis la mi-juin, ces armes secrètes à fort pouvoir de destruction frappaient l’agglomération londonienne où elles semaient la terreur.

Ces secteurs de Mantes-la-Jolie et de Nucourt étaient fortement protégés par une ceinture de canons antiaériens qui ouvraient le feu à l’approche des bombardiers. L’enfer se déchaîna à nouveau.

Selon les témoignages d’autres pilotes du Groupe, le B-17 piloté par le 1st Lt Hanson fut frappé de plein fouet par un tir direct de l’artillerie antiaérienne dans le secteur de Nucourt. L’appareil fut littéralement brisé en deux parties, entraînant immédiatement dans la mort neuf de ses dix membres d’équipage.

Miraculeusement, seul le S/Sgt Arthur Schulze parvint à s’extraire de l’appareil. Actionnant son parachute, il atterrit à proximité du terrain allemand de Boissy-le-Bois où stationnaient les redoutables chasseurs de la JG 26. Le S/Sgt Schulze fut rapidement fait prisonnier et fut transféré par la suite au Stalag Luft IV en Poméranie jusqu’à la fin de la guerre.

La Forteresse volante, totalement disloquée et en partie en flammes, vint s’abattre aux abords du village de Boubiers.

Boubiers - Site du crash

Le site du crash

Les corps des neuf aviateurs furent extraits des débris de l’appareil. Certains d’entre eux furent identifiés grâce à leurs plaques d'identité. Au poignet du S/Sgt Jones fut retrouvé un bracelet avec l'inscription "Hands-off, this guy is mine - Sara"* suivie de son nom et de son matricule militaire.

*"Bas les pattes, ce gars est à moi - Sara"

Deux jours plus tard, le 10 juillet, la population assistait avec un profond sentiment de respect à l’inhumation, dans le cimetière du village, des neuf aviateurs. Ils y reposèrent jusqu’à la fin de la guerre.

Boubiers - L'église  Boubiers - Le cimetière

                                          L'église de Boubiers et le lieu où furent inhumés les corps des neuf aviateurs jusqu'à la fin de la guerre.

Pendant ce temps, aux Etats-Unis, les parents et les épouses des aviateurs ignoraient encore tout de la tragédie mais l’inquiétude et l’angoisse grandissaient au fil des jours. Ils étaient sans nouvelles.

A la fin du mois de juillet, chacune des familles reçut le télégramme tant redouté envoyé par le Commandement. Il leur annonçait que leurs fils ou leur mari avait été porté disparu depuis le 8 juillet, sans davantage d’informations. Un infime espoir subsistait malgré tout. Toutes les familles se raccrochaient à l’idée qu’ils avaient peut-être été recueillis par la population et qu’ils étaient sur les chemins de l’évasion…

Cet espoir fut totalement anéanti plusieurs mois plus tard. C’est au cours du mois d’avril 1945 qu’un nouveau télégramme les avisa officiellement de la mort au combat des neuf aviateurs.

Télégramme adressé à la famille LYMA  Donald J. Lyma - Coupure de presse

                        Le télégramme tragique annonçant à ses parents la mort au combat du 1st Lt Donald J. Lyma

2nd Lt James H. HEINZEN - Journal    2nd Lt James H. HEINZEN - Presse

Par les services de la Croix-Rouge, la famille Schulze prit bientôt connaissance que leur fils était maintenant prisonnier de guerre.

L’Armée américaine libéra la région le 30 août.

Les corps des neuf aviateurs furent exhumés et formellement identifiés dans les mois qui suivirent par la Commission américaine des sépultures. Ils furent ensuite transférés dans des cimetières militaires provisoires, notamment à Solers, en Seine-et-Marne, en ce qui concerne le 1st Lt Lyma et le S/Sgt McManus.

A la demande de leurs familles, les corps des Lt Hanson et Heinzen ainsi que des Sergents Grissom et Pool furent rapatriés aux Etats-Unis.

Saint Avold - Tombe du 2nd Lt Leonard S. MARCUS  Saint Avold - Tombe du 1st Lt Donald J. LYMA  Saint Avold - Tombe du S/Sgt Lloyd P. POHRTE

Les Lt Marcus et Lyma ainsi que le S/Sgt Pohrte reposent en France dans le cimetière militaire américain de Saint Avold, en Moselle.

 

                                               Epinal - Tombe du S/Sgt Van J. McMANUS   Neupré - Tombe du S/Sgt Russell D. JONES

Le S/Sgt McManus repose dans le cimetière militaire américain d’Epinal, dans les Vosges, et le S/Sgt Jones dans celui de Neupré, en Belgique.  

 

Arthur SCHULZE

Au cours de sa captivité, Arthur Schulze souffrit énormément, comme tant d’autres, des privations mais aussi du froid terrible de l’hiver 1944/45. Après plusieurs tentatives, il parvint à s’évader au printemps 1945 et à rejoindre les troupes britanniques qui se rapprochaient.

Arthur Schulze resta marqué toute sa vie par la terrible tragédie vécue le 8 juillet 1944. Il décéda le 20 janvier 2009, à l’âge de 89 ans.

 

                                                                                                                                        Arthur Schulze après guerre

 

                                                                                                                                                                        
 
  Boubiers - Vestiges du B-17
Vestiges de la partie arrière du B-17 # 43-37747 dans l'immédiate après-guerre.
 
          1st Lt Everett G. HANSON Jr en 1943      2nd Lt Leonard S. Marcus, San Marcos,Texas, en 1943
                                                   1st Lt Everett G. Hanson Jr en 1943           2nd Lt Leonard S. Marcus à San Marcos, Texas,

                                                                                                                                                         en 1943.

 1st Lt Donald J. LYMA, Victorville, Californie, en octobre1943      S/Sgt Van J. McMANUS
                                         1st Lt Donald J. Lyma à Victorville, Californie                            S/Sgt Van J. McManus    

                                                                      en octobre 1943 

 

Le 8 mai 2015, une cérémonie a été organisée en mémoire de l'équipage.

Sources : Archives américaines, familles des membres de l'équipage, municipalité de Boubiers.

Avec un remerciement spécial à Mme Janice Kidwell. 

 

4 août 1944

 

Squadron Leader Ian Willoughby BAZALGETTE

Victoria Cross, Distinguished Flying Cross

 

Lancaster Mk III ND811

Squadron 635 - Royal Air Force

 

Senantes (Oise)

 

                                                                                                                                                                                                                                             
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Ian Willoughby Bazalgette était né le 19 octobre 1918 à Calgary, au Canada, de parents anglo-irlandais, troisième enfant d’une famille à la tête d’une exploitation agricole.

Son père qui avait été blessé et gazé lors de la Première Guerre mondiale, en gardait toujours des séquelles. Eprouvant des difficultés à administrer sa ferme, il abandonna finalement son métier.  

En 1922, la famille Bazalgette partit s’établir à Toronto pendant environ trois ans puis son père décida d’emmener sa famille dans son pays natal : l’Angleterre.
C’est donc dans le Surrey, à quelques kilomètres au sud-ouest de Londres que grandissait le jeune Ian.
 
Vers l’âge de 13 ans, il fut atteint de tuberculose, ce qu’il l’obligea à suivre un traitement en sanatorium suivi d’une longue convalescence.
Au cours de sa jeunesse, il se passionnait pour l’écriture de la musique, la lecture et la photographie.

En juillet 1939, quelques mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Ian W. Bazalgette s’engagea dans la Royal Artillery et se retrouva affecté en Ecosse au 51e Highland Searchlight Regiment, équipé de projecteurs contrôlés par radars.

A partir de juillet 1940, débutait la bataille d’Angleterre. La Luftwaffe du Maréchal Goering tenta d’abord de détruire les convois britanniques dans la Manche puis s’attaqua, en vain, à la Royal Air Force avant de lancer le « Blitz », les bombardement de Londres et d'autres grandes villes britanniques.

En 1941, désirant s’impliquer davantage dans la guerre, Ian W. Bazalgette obtint son transfert dans la Royal Air Force qui avait besoin de pilotes. Au mois de juin, il rejoignait l’Angleterre et la 22 Elementary Flying Training School de Cambridge. Après une dizaine d’heures en double commande, il était lâché pour son premier vol en solo sur Tiger Moth le 3 août 1940.

S/L Ian W. BAZALGETTEAu fil des mois, Ian W. Bazalgette passa successivement par différentes écoles de vol de la RAF, apprenant à piloter des bimoteurs.
Sa formation de pilote de bombardier terminée, il fut finalement affecté au Squadron 115 du Bomber Command de la RAF, à Marham, dans le Norfolk.

Au cours de a dernière semaine de septembre, le Squadron était transféré sur la base de Mildenhall.

Le 30 septembre 1942, aux commandes d’un bimoteur Vickers Wellington avec équipage, le Pilot Officer Bazalgette effectua sa première mission au dessus de la Hollande.

A partir de ce moment et jusque la fin de l’année 1942, les missions nocturnes au dessus du territoire ennemi allaient se succéder pour le P/O Bazalgette et les équipages du Squadron 115. Entre temps, en novembre, il fut promu Flying Officer.

En février 1943, un nouvel appareil, le quadrimoteur Lancaster, commençait à remplacer les Wellington du Squadron 115, nécessitant la conversion des pilotes et de leurs équipages.

Sa première mission à bord de ce nouvel appareil comprenant un équipage de sept hommes eut lieu dans la nuit du 22 au 23 mars 1943. Il s’agissaitt de bombarder le port de Saint Nazaire mais les appareils furent rappelés avant d’atteindre l’objectif.

Tout au long de l’année 1943, des raids, auxquels le F/O Bazalgette prenait part, s’intensifiaient sur la Ruhr et les villes allemandes telles, Berlin, Essen, Duisbourg, Dortmund…, villes fortement défendues, occasionnant toujours un taux de pertes élevé parmi les appareils des Forces alliées.

Promu Squadron-Leader et ayant complété son premier tour d’opération, Ian W. Bazalgette se voyait décerner la Distinguished Flying Cross le 1er juillet 1943.

Fin 1943, désormais pilote expérimenté, il fut envoyé comme instructeur en Ecosse avant d’obtenir, après quelques semaines d’entraînement, son transfert au sein de la Pathfinder Force.

Au début de l’année 1944, il fut donc affecté au Squadron 635 basé à Downham Market, dans le Norfolk, dont les Lancaster étaient chargés de marquer, « d’illuminer », les cibles à bombarder.

 
Les missions reprenaient, toujours extrêmement dangereuses au dessus des villes et des sites stratégiques ennemis, jusqu’à la journée fatidique du 4 août 1944. Ce jour-là, dans la matinée, le S/L Bazalgette et son équipage s’envolèrent vers 11h15 de la base de Downham Market à bord du Lancaster ND811 "F2-T". C’était sa 58e mission opérationnelle, étant proche d’achever son second tour d’opérations.

 

L’équipage :

S/L Ian W. BAZALGETTE

RAF

Pilote

Sgt George R. TURNER

RAF

Flight engineer

F/L Geoffrey R. GODDARD

RAF

Navigateur

F/L Ivan A. HIBBERT

RAF

Bombardier

F/O Charles R. GODFREY

RAF

Opérateur-radio

F/S Vernon V. R. LEEDER*

RAAF

Mitrailleur dorsal

F/O Douglas CAMERON

RAF

Mitrailleur arrière


* Le F/S Vernon Leeder, de la Royal Australian Air Force, ne faisait pas partie de l’équipage habituel du S/L Bazalgette. Lors de la mission du 4 août 1944, il remplaçait le F/S Hurnhall.

L'équipage du S/L Ian W. BAZALGETTE
Ian W. Bazalgette, Geoffrey Goddard, Ivan Hibbert, Charles Godfrey, Bob Hurnhall, Douglas Cameron et George Turner
 

Dix Lancaster du Squadron 635 de la Pathfinder Force étaient désignés pour « marquer » la cible pour une force principale de 61 autres Lancaster de la Royal Air Force. L’objectif : le bombardement des carrières de stockage de fusées V-1 de Trossy-Saint Maximin, (Oise).

Depuis la mi-juin, ces bombes volantes frappaient l’agglomération londonienne et l’Angleterre. Il était donc d’une extrême importance pour le Bomber Command d’anéantir définitivement ce site. Pilonné massivement lors de raids nocturnes depuis le mois de juillet et fortement protégé par la défense antiaérienne et la chasse de nuit allemande, la Royal Air Force y avait déjà perdu nombres de ses bombardiers.

Cette nouvelle mission s’annonçait donc à hauts risques et des plus périlleuses pour les équipages.

Parvenus aux abords de l’objectif, alors que la formation se dirigeait droit vers la cible, la Flak se déchaîna. Les deux appareils qui précédaient le Lancaster du S/L Bazalgette étaient atteints par les tirs venus du sol. L’un d’eux, piloté par le F/L Robert W. Beveridge, plongea vers le sol, en flammes, et s’écrasa près du village de Saint Maximin. Tout l’équipage périt.

C’est au S/L Ian W. Bazalgette que revenait désormais la responsabilité de marquer la cible mais, à son tour, son appareil fut touché par la Flak. Les deux moteurs et les réservoirs d’essence de l’aile droite prirent feu. Les flammes léchèrent le fuselage. Parvenant à maintenir l’appareil en détresse en ligne de vol, le Squadron Leader Bazalgette largua avec précision les marqueurs et les bombes sur l’objectif, permettant aux autres Lancaster de bombarder le site.

Allégé de sa cargaison mais déséquilibré, le quadrimoteur se mit en vrille, perdant rapidement de l’altitude, ravivant le feu qui dévorait l’aile droite. Le sang froid et la maîtrise du S/L Bazalgette lui permirent de rétablir l’appareil.      

Les éclats de la Flak avaient aussi frappé la partie frontale du Lancaster, blessant gravement le F/L Hibbert. Le bras droit à demi arraché, il fut extrait de son poste dans un état critique par Turner et Godfrey qui l’emmenèrent vers l’arrière. Allongé sur une civière, on lui injecta de la morphine.

A bord, les membres de l’équipage combattaient les flammes. De la fumée et de l’essence se répandaient à l’intérieur de l’appareil, entraînant l’asphyxie du F/S Leeder.

Volant vers le nord-ouest, il était évident que le Lancaster ne pourrait pas regagner l’Angleterre.

Ayant perdu de l’altitude, ce fut au tour de l’un des moteurs de l’aile gauche de s’arrêter.

En accord avec le Flight Engineer Turner, le S/L Bazalgette ordonna à l’équipage d’évacuer l’avion. C’était le début d’après-midi. Aux environs du village de Senantes, dans l’Oise, Cameron, Turner, Goddard et Godfrey abandonnèrent tour à tour l’appareil d’une altitude de 1 000 mètres.

Conscient que le F/L Hibbert et le F/S Leeder étaient dans l’incapacité de sauter en parachute, le S/L Bazalgette refusa de les abandonner.

Après avoir évité le village de Senantes en effectuant un grand virage, il décida de tenter l’atterrissage du Lancaster en détresse dans un champ. A environ un kilomètre du village, l’appareil se posa parfaitement mais….explosa quelques secondes plus tard. Les trois aviateurs furent tués.

Mr Siméon Desloges, jeune enfant en 1944, se souvient d’avoir observer l’appareil en flammes qui avait évité le village à basse altitude. Puis une grande déflagration avait retenti suivie d’un grand nuage de fumée qui s’élevait dans le ciel.

Dans l’après-midi, les corps du Flight Lieutenant Hibbert et du Flight Sergeant Leeder furnt extraits des débris de l’avion. Ramenés dans l’église de Senantes, il fut décidé de les inhumer avec dignité dans le cimetière du village le dimanche suivant.

Mais dans la matinée de ce dimanche 6 août, tandis que la population s’apprêtait à rendre hommage aux deux aviateurs, les Allemands emmenèrent leurs corps et les inhumèrent dans le cimetière militaire de Beauvais-Marissel.

Les obsèques n’ayant donc pas lieu dans le village, la population de Senantes se rendit sur le site du crash, malgré la crainte de l’arrivée des Allemands, et déposa d’innombrables fleurs en signe de reconnaissance auprès des débris du Lancaster.

Senantes - Débris du Lancaster ND811

Les quatre aviateurs rescapés, recueillis aux alentours, signalèrent bientôt à leurs sauveteurs, malgré la barrière de la langue, qu’ils étaient sept à bord de l’appareil et que le corps du pilote se trouvait certainement encore dans l’épave. Discrètement, les recherches étaient de nouveau entreprises et les restes du S/L Bazalgette furent retrouvés dans les décombres.

Le corps du pilote fut conservé jusqu’à la cérémonie d’inhumation. Elle se déroula à Senantes le dimanche 8 octobre 1944 en présence de sa sœur Ethel, d’autorités militaires britanniques et françaises et d’une foule nombreuse venue rendre hommage à l’aviateur.

En 1945, le S/L Ian W. Bazalgette fut décoré à titre posthume de la Victoria Cross, la plus haute distinction militaire britannique, pour son sacrifice héroïque en ne voulant pas abandonner ses deux camarades blessés restés à bord.

Les quatre survivants avaient échappé aux recherches allemandes et à l’arrestation.

Charles Godfrey et Geoffrey Goddard avaient atterri proche l’un de l’autre, près du village de Senantes. Dans la soirée, ils furent cachés chez l’instituteur du village, Mr Laluet, où on leur fournit des vêtements civils. Avisé, Henri Maigret vint les interroger et les prendre en photos pour permettre l’établissement de leurs faux-papiers d’identité.

Le lendemain, désormais pris en charge par le réseau d’évasion « Alsace », Henri Maigret les emmena dans une charrette chez la famille Desserre, gérants de la ferme de la Boissière, à Blacourt, où ils furent hébergés jusqu’au 20 août, soit une douzaine de jours.

Par sécurité, il fut alors décidé de déplacer les deux aviateurs. Dans une carriole, Henri Maigret se chargea de les transférer, au milieu des troupes allemandes en déroute, à La Neuville-sur-Auneuil, dans la ferme de Pierre Muller.

L’arrivée des troupes alliées était imminente, la Libération approchait. Les fermes de la région regorgeaient d’aviateurs. Nombre d’entre eux étaient hébergés dans les environs et les possibilités d’accueil arrivaient à saturation.

Il fut donc décidé de créer un camp provisoire et de regrouper les aviateurs dans un bois touffu au Saussay, situé près de la commune de Porcheux.

C’est dans ce camp que furent emmenés par Pierre Muller, Charles Godfrey et Geoffrey Goddard, le soir de leur arrivée.

Une colonne blindée britannique les libéra le 30 août.

George Turner avait atterri près du hameau de Bois-Aubert, à quelques centaines de mètres de Senantes. Blessé au dos, il fut recueilli et hébergé chez René Cocu, cultivateur du hameau de Groscourt, où il attendit la Libération.

Après son atterrissage près de Glatigny et ayant fui de justesse les Allemands, Douglas Cameron fut hébergé par la famille Anse à Glatigny et la famille Roisse à Hanvoile. Il choisit ensuite de participer, avec la Résistance locale, à différentes actions de sabotage contre l’ennemi jusqu’à la Libération.  

Charles Godfrey et George Turner étaient revenus à plusieurs reprises après la guerre afin de remercier leurs sauveteurs. Ils étaient aussi présents le 4 août 1994, accompagnés de la fille de Douglas Cameron, lors de la cérémonie d’inauguration de la stèle érigée sur le lieu du crash en mémoire de leurs camarades disparus cinquante ans plus tôt.

Le 27 juillet 1990, au Bomber Command Museum of Canada de Nanton, situé au sud de Calgary dans l’Alberta, avait lieu une cérémonie en mémoire du Squadron Leader Ian Willoughby Bazalgette. A cette occasion, sa sœur Ethel, George Turner et Charles Godfrey dévoilèrent une plaque en l’honneur du pilote et un Lancaster portant les mêmes marquages de celui qu’il pilotait lors de la tragique mission du 4 août 1944, devenant ainsi le Ian Bazalgette Memorial Lancaster.

Le 15 août 2009, au musée de Nanton, était signé par leurs maires respectifs, l’acte de jumelage unissant le village de Senantes et la ville canadienne en mémoire du courage et du sacrifice du S/L Bazalgette.

Le 27 juin 2014, à Senantes, cet acte était contresigné par les représentants des deux communes à l'occasion d'une journée commémorative. 

"Baz", le livre retraçant l'histoire du S/L Bazalgette, par Dave Birrell. 

 

 

 

Nuit du 4 au 5 juillet 1944

 

Lancaster Mk III JB486

 

Squadron 57

Royal Air Force

 

CORMEILLES (Oise)

 

 

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Une semaine après le Débarquement de Normandie, l’Angleterre et tout particulièrement Londres furent confrontées à une nouvelle menace, les bombes volantes V1, réponse de l’ennemi face aux raids aériens dévastateurs opérés par les Alliés au dessus de l’Allemagne.

Dès cette période, tout fut mis en œuvre par les Alliés pour détruire la multitude de sites de lancement dissimulés et disséminés le long du littoral français de la Manche. Leur attention fut également tournée vers l’un des centres de stockage de cette nouvelle arme de représailles, celui situé sous les voûtes épaisses des carrières souterraines de Saint-Leu d’Esserent, dans l’Oise.

Dans la soirée du 4 juillet, 17 Lancasters du Squadron 617 effectuèrent un raid et larguèrent leurs énormes bombes “Tallboy” sur le site de Saint-Leu d’Esserent, ne subissant aucune perte.

Au cours de la nuit du 4 au 5 juillet, une force aérienne beaucoup plus importante était engagée sur le même objectif. 231 Lancasters et 15 Mosquitos du 5e Groupe de la Royal Air Force déversèrent 1 157 tonnes de bombes explosives et 5 tonnes de bombes incendiaires en trois vagues successives, entre 01h31 et 01h45 (heure anglaise). La commune de Saint-Maximin, bien que non prise pour cible, fût durement touchée lors de ce terrifiant bombardement. 13 Lancasters ne regagnèrent pas leurs bases anglaises, victimes essentiellement des redoutables chasseurs de nuit allemands. Sept quadrimoteurs s’écrasèrent en flammes dans le département de l’Oise. Au cours de cette mission nocturne, la Royal Air Force déplora la perte de 77 aviateurs tués.

Les Lancasters du Squadron 57 avaient décollé de leur base située à East Kirby, dans le Lincolnshire, vers 23h20. Après s’être rassemblés dans la nuit noire du ciel anglais avec d’autres Squadrons, l’immense armada mit le cap vers la France et la ville de Saint-Leu d’Esserent. Parmi ces appareils, le Lancaster Mk III JB486 avec à ses commandes le très expérimenté Flight Lieutenant Anthony E. Grubb qui effectuait, cette nuit-là, sa 27e sortie opérationnelle.

57 Squadron RAF badge

 

L'équipage du Lancaster JB486 :

F/L Anthony E. GRUBB

   RAF

           Pilote

 21 ans

  New Malden, Surrey

Sgt Harry LEES

   RAF

    Flight Engineer

 32 ans

  Oldham, Lancashire

WO² James W. WEYERS

  RCAF

        Navigateur

 32 ans

  Strathmore, Alberta

F/O Jack P. HODGES

  RAAF

       Bombardier

 22 ans

  Grafton, Nouvelle-Galles du Sud

Sgt George T. OSBORNE

   RAF

    Opérateur-radio

 23 ans

  Calf Heath, Staffordshire

Sgt Clifford N. STALKER

   RAF

       Mitrailleur

 31 ans

  Warehorne, Kent

Sgt Joseph T. NIXON

   RAF

  Mitrailleur arrière

  Manchester

 

pilote grubb

F/L Anthony Edward GRUBB

Après avoir déversé son chargement de bombes sur l’objectif, l’appareil fut attaqué par un chasseur de nuit allemand, probablement celui du Feldwebel Martin Schulze, de la JG301, qui enregistrait, cette nuit-là, sa première victoire à bord de son Messerschmitt-109.

Désemparé et en totale perdition, le Lancaster JB486 vint s’abattre vers 2h00 du matin à l'orée du bois du Gantel, au nord du village de Cormeilles (Oise), ne laissant aucune chance aux sept membres de l’équipage d’évacuer leur appareil.

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Dans la matinée du 5 juillet, de nombreux habitants du village se rendirent sur le lieu de l’effroyable tragédie. Parmi les débris disloqués de l’appareil, tout espoir de retrouver des survivants fut rapidement anéanti. Les corps sans vie des sept jeunes aviateurs furent transportés jusqu’à l’intérieur de la petite chapelle du cimetière, dans une charrette appartenant à Mr René Tallon. En dépit de l’omniprésence de l’ennemi, la population du village veilla avec grand respect sur ces libérateurs tombés du ciel avant qu’ils soient finalement emmenés par les Allemands.

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Les souvenirs de cet épouvantable événement sont toujours très vivaces dans la mémoire des habitants du village.

De nos jours, les sept aviateurs reposent dans le cimetière militaire du Commonwealth de Poix-de-Picardie (Somme).

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Vestiges du centre de stockage des carrières de Saint-Leu d'Esserent de nos jours

 

Six nouvelles missions de grande ampleur et un total d’environ 9 000 tonnes de bombes s’avèreront nécessaires au Bomber Command de la Royal Air Force pour désorganiser et obstruer durablement les carrières de Saint-Leu d’Esserent. 264 aviateurs de la Royal Air Force firent le sacrifice de leur vie au cours de cette période s’étendant du 4 juillet au 5 août 1944. Inévitablement, ces bombardements aériens massifs provoquèrent de nombreuses destructions dans la ville et ses environs. Plus d’une cinquantaine de civils y perdirent la vie.

 

Le 8 juillet 2018, à Cormeilles (Oise), une cérémonie rendait hommage aux sept membres du Lancaster JB486. 

 

 

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