• Plage Bonaparte à Plouha (Côtes d'Armor) - Haut-lieu de la Résistance

  • Sacy-le-Grand (Oise) - Mémorial en souvenir du F/O H. H. MacKenzie (RCAF)

  • Supermarine LF Mk.Vb Spitfire EP120 - G-LFVB - (The Fighter Collection)

  • Le Cardonnois (Somme) - Stèle à la mémoire de l'équipage du Boeing B-17 #42-31325, 452nd Bomb Group

  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)


Gilbert THIBAULT,

Henri MAIGRET

 

Le réseau d'évasion "ALSACE"

                          

                                                                                                                                                                               
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Gilbert Thibault est né le 30 juillet 1912 à Rouen (Seine-Maritime).
Adolescent, il fréquente le Lycée Félix Faure de Beauvais lors de l’année scolaire 1927/1928 puis l’Institution du Saint-Esprit en 1929/1930.
Diplômé d’une Capacité en Droit et parlant l’anglais, il travaille de 1930 à 1932, comme clerc de notaire, chez Maitre Recullet à Beauvais.
 
Appelé à effectuer son service militaire en 1933, Gilbert Thibault est incorporé en tant que soldat de 2e classe à la Compagnie du Train-Auto n°2 à Amiens (Somme).
En 1934 et 1935, il est employé comme greffier au Tribunal Civil de Beauvais.
En 1936, il travaille chez Maitre Patin, huissier à Lille, comme Principal clerc.
En octobre 1937, il revient dans l’Oise et s’établit en tant qu’huissier à Auneuil (Oise).

Gilbert Thibault

A la déclaration de guerre en 1939, Gilbert Thibault est mobilisé comme sous-lieutenant au Quartier-Général de la 352e Compagnie Train-Auto.

A partir du 10 mai 1940, c'est l'attaque brutale de l'Armée allemande. Le 20 juin, son unité est encerclée par l'ennemi. Thibault est fait prisonnier le 26 juin. Envoyé à l'Hôtel des Thermes de Bagnoles-de-l'Orne transformé en Oflag, il parvient à s'en évader le 14 août. Il rejoint alors la Régulatrice Routière de Châteauroux.

En février 1941, continuant son service actif, Thibault réussit à rejoindre l'Afrique du Nord après avoir traversé les Pyrénées. Affecté à la 352e Compagnie du Train-Auto, il est promu Lieutenant le 25 septembre.

Un an plus tard, le 25 septembre 1942, il obtient sa mutation dans la Cavalerie.

Il revient en France en octobre 1942 à l'occasion d'une permission à la fin de laquelle il tente en vain de regagner l'Espagne puis le Maroc. Le Débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942 bouleverse ses plans.

Quelques mois plus tard, l'un de ses camarades de régiment se trouvant à Cambo-les-Bains l'informe qu'il a trouvé un moyen de rejoindre l'Afrique du Nord via l'Espagne avec l'aide d'un guide nommé Ruffino.

En mars 1943, profitant de sa propre expérience et désirant continuer la lutte, Gilbert Thibault a alors l'idée de créer la ligne "Alsace", une filière d'évasion permettant aux soldats, officiers et autres jeunes gens de rejoindre les Forces Françaises Libres via l'Espagne. Il espère lui-même en bénéficier en dernier lieu.

 

Grâce aux contacts établis à Paris avec Hélène Julien, Yvonne Delplanche, Odette Leguillier et André Bureau, son cousin, la filière commence à fonctionner.

En août 1943, travaillant pour l'OCM et en particulier avec Charles Verni qui a pour rôle le financement et la fourniture de faux-papiers aux évadés, Gilbert Thibault rencontre "André" dit "A-6", un représentant de l'Intelligence Service envoyé de Madrid.
"A-6" lui propose alors de rester en France, de porter tous ses efforts sur la ligne "Alsace" et d'y faire passer des aviateurs alliés ainsi que tout renseignement pouvant servir la cause alliée. Thibault accepte.

Aucun crédit ne lui étant alloué pour le fonctionnement de la ligne, Thibault se tourne vers les instances anglo-saxonnes qui lui octroient un crédit illimité.

Des divergences apparaissent rapidement entre Charles Verni et "A-6". Verni demande alors à Thibault de cesser ses contacts avec "A-6" sous peine de se voir supprimer toute ressource en provenance de l'OCM.
Thibault refuse, se considérant sous la coupe des autorités de Madrid.
Il envoie Odette Leguillier en Espagne, la chargeant d'obtenir des fonds et d'établir des relais jusque Madrid. Elle réussit cette mission mais se fait arrêter. Refoulée en Espagne, elle parvient à rejoindre le Maroc.

Bien que privé d'argent par Verni, Thibault reste convaincu de l'action qu'il peut mener.
Sous le pseudonyme de "Zéphyrin", il met sur pied à Auneuil, une filière d'évasion consistant à collecter, contrôler, héberger, nourrir, vêtir, fournir en faux-papiers et convoyer les aviateurs. Il s'appuie pour cela sur un tissu de ramifications auprès de chefs de secteurs du département de l'Oise. Par manque de moyens financiers et sans relais efficaces menant vers la frontière espagnole, Thibault oriente ses évadés vers les filières François-Shelburn et Comète.

Gilbert Thibault

En 1942, à la demande du IIIe Reich, le Service du Travail Obligatoire (STO) avait été instauré par le gouvernement de Vichy. A partir de février 1943, tous les jeunes Français nés en 1920, 1921 et 1922 sont recrutés de force, sous peine de sanctions, afin d'aller travailler en Allemagne. Les ''réfractaires'' se cachent et entrent dans la clandestinité, rejoignant les rangs de la Résistance ou les Maquis.

En novembre 1943, Henri Maigret, jeune instituteur de 20 ans exerçant à Blacourt, tente lui aussi d'échapper au STO. Il demande à Gilbert Thibault de pouvoir bénéficier de la ligne d'évasion avec son ami Robert Fontaine. Tous deux ont la ferme intention d'atteindre l'Afrique du Nord et de rallier les Forces Françaises Libres. Au mois de septembre précédent, Henri Maigret avait rencontré pour la première fois Gilbert Thibault afin de faire évacuer deux aviateurs américains parachutés au dessus de Blacourt (August Winters et Douglas G. Wright) qu'il avait personnellement aidés. A partir de cette période, de nombreux aviateurs commencent à tomber du ciel. Le département de l'Oise se trouve dans une zone de passage des bombardiers alliés qui se rendent ou rentrent de mission au dessus de l'Allemagne.

Pendant trois mois, des vagues d'arrestations se multiplient à Paris. Le départ de Maigret et Fontaine est impossible. A leur grand désespoir, ils doivent attendre.

Leur départ est enfin fixé au 17 février 1944. Ce jour-là, à Paris, Henri Maigret et Robert Fontaine ont rendez-vous avec Gilbert Thibault à la station de métro Notre-Dame-de-Lorette. Mais Thibault ne se présente pas à l'heure et à l'endroit convenu.

Après avoir longuement attendu, Maigret se souvient alors d'une adresse et décide de s'y rendre, son ami Fontaine restant près de la station de métro, espérant toujours l'arrivée de Thibault. Parvenu 12 rue de Clichy, Maigret gravit les escaliers et frappe en vain à la porte d'un appartement. De retour au bas de l'immeuble, la concierge, mal à l'aise, lui fait comprendre qu'il ne faut pas rester.

La veille, 16 février, dans ce même immeuble de la rue de Clichy, Gilbert Thibault avait échappé de peu à une souricière tendue par la Gestapo. Par miracle, il était parvenu à s'enfuir en dévalant les escaliers sous le feu d'un policier allemand. Une balle l'avait cependant atteint et lui avait fracturé l'auriculaire droit.

Henri Maigret comprit, par la suite, combien il avait été chanceux de ne pas tomber dans le piège, simplement parce qu'il s'était trompé d'escalier et d'appartement.

Ne regagnant pas immédiatement à Auneuil, sachant qu'il est recherché et traqué, Thibault est contraint de rester dans l'ombre.
Suite à cette chaude alerte, les rêves de Maigret et Fontaine de rejoindre l'Afrique du Nord s'effondrent (Fontaine y parviendra tout de même plus tard).

Henri Maigret "Zéphyrin" propose alors à Henri Maigret d'entrer dans la clandestinité et de devenir son adjoint en assurant les liaisons et les convoyages. Maigret change d'identité, devient "Albert Wuillance" avec la profession de "courtier en assurances". "Albert" lui vaudra bientôt le surnom de "Bébert".

Vêtu de sa veste en cuir, chevauchant sa moto Gnome-et-Rhône et risquant sa vie à chaque instant, il parcourt la campagne afin de visiter les aviateurs alliés en attente de départ. Disséminés dans les différents lieux d'hébergements, il s'occupe de les ravitailler en cigarettes et de leur fournir de fausses identités.

Habituellement, les aviateurs étaient conduits par petits groupes à Paris, soit en voiture ou soit en autocar. A partir de février 1944, devant le nombre croissant d'aviateurs à faire évacuer, Thibault organise leur transfert par train au départ des gares de Chaumont-en-Vexin, Beauvais ou Rochy-Condé. Le trajet vers Paris s'effectue bien souvent au milieu des soldats allemands. Parfois, des aviateurs sont aussi remis à des convoyeurs venus de Paris. Ensuite pris en charge par la filière d'évasion Shelburn, transitant quelques heures ou quelques jours à Paris, la plupart des évadés sont convoyés vers la Bretagne. A Plouha, ils embarquent, lors d'opérations convenues et par nuit noire, à bord d'une corvette de la Royal Navy à destination de l'Angleterre.

En mai, deux autres groupes d'évadés sont menés jusqu'aux gares de Saint-Ouen et de Pontoise. Il est décidé d'éviter Paris. Une autre fois, un groupe est conduit à l'hospice d'Argenteuil. A compter de cette période, les aviateurs sont dirigés vers le camp de la forêt de Fréteval, près de Châteaudun. Le Débarquement devenant imminent, les Alliés bombardent les voies de communications et paralysent le réseau ferroviaire. Il n'est plus question de prendre de risques en convoyant les aviateurs à travers la France.

Dans l'Oise, à partir du mois d'août, n'ayant pu être évacués depuis deux mois, les aviateurs s'accumulent chez les hébergeurs de la région. Gilbert Thibault imagine alors la construction d'un camp rudimentaire dans un bois très touffu et difficile d'accès appartenant à Mme Ravel, près de la commune de Porcheux, au sud de Beauvais.

Attendant l'arrivée imminente des troupes alliées, une vingtaine d'aviateurs y logent dans des cabanes rudimentaires aux toits de tôles recouverts de feuillages. Ils dorment sur de la paille, étant approvisionnés et nourris par des fermiers des alentours.
Le 30 août 1944, l'arrivée d'une colonne blindée britannique libère le secteur, mettant un terme aux quatre années d'Occupation et à l'activité du réseau "Alsace".

Le réseau "Alsace" permit l'évasion d'environ 120 aviateurs alliés, la plupart tombés dans le département de l'Oise. Certains autres, arrivant des départements limitrophes et tentant de se diriger vers la plaque tournante qu'était Paris, purent bénéficier de l'aide du réseau.
Malgré des arrestations, essentiellement à Paris, le réseau "Alsace" avait continué de fonctionner jusqu'à la Libération.

Les gouvernements alliés reconnaissent après la guerre le rôle prépondérant joué par le réseau "Alsace" dans l'évacuation des aviateurs alliés. De multiples distinctions britanniques et américaines sont décernées à Gilbert Thibault, à Henri Maigret et aux membres du réseau.

Quelques jours après la Libération, Gilbert Thibault quitte Auneuil et demande à reprendre du service dans l’Armée en tant que Lieutenant de Réserve dans la Cavalerie. Il rejoint le front de l'Atlantique jusqu'à la fin des hostilités. 

En février 1953, Gilbert Thibault est dirigé sur l’Indochine où il commande une Compagnie de transport. Il se distingue particulièrement en janvier 1954 en parvenant à acheminer trois bataillons sous le feu de l’ennemi. Cette action lui vaudra l’attribution de la Croix de Guerre des T.O.E avec Etoile d’Argent.

Gilbert Thibault décède le 14 mai 1955 à Paris. Ses obsèques ont lieu au Val-de-Grâce à Paris.

 
En décembre 1944, Henri Maigret s'engage dans l'Armée Française. Il sert au Maroc puis en Allemagne. Démobilisé en mars 1946, il reprend son métier d'instituteur dans la région de Beauvais. Peu attiré par les honneurs, il assiste rarement aux cérémonies commémoratives. En 1962, il part enseigner au titre de la coopération au Maroc puis en Algérie jusqu'en 1976. Revenu en France, il termine sa carrière d'enseignant à Istres.
 
Bien des années après la guerre, il a aussi la satisfaction de correspondre et de revoir à plusieurs reprises des aviateurs britanniques, américains ou australiens revenus dans la région afin de remercier personnellement leurs sauveteurs.
 
Retraité, c'est en 1977 qu'il décide de tirer de l'oubli les actions menées par le réseau "Alsace". Il rassemble des documents et recueille les témoignages et les souvenirs de ceux qu'il côtoyait en 1943/1944.
Son livre, "Un réseau d'évasion dans l'Oise à Auneuil" est publié en 1994.
Henri Maigret est décédé le 10 octobre 2007.

 

Le nom du réseau "Alsace" est gravée sur la stèle de granit dominant la plage "Bonaparte" à Plouha, perpétuant le souvenir de la filière d'évasion créée par Gilbert Thibault.

Plouha - La stèle

 

Sources : Archives Nationales US

  

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