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  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)


Gilbert THIBAULT,

Henri MAIGRET

 

Le réseau d'évasion "ALSACE"

                          

                                                                                                                                                                               
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Gilbert Thibault était né le 30 juillet 1912 à Rouen (Seine-Maritime).
Adolescent, il fréquenta le Lycée Félix Faure de Beauvais lors de l’année scolaire 1927/1928 puis l’Institution du Saint-Esprit en 1929/1930.
Diplômé d’une Capacité en Droit et parlant l’anglais, il travailla de 1930 à 1932, comme clerc de notaire, chez Maitre Recullet à Beauvais.
 
Appelé à effectuer son service militaire en 1933, Gilbert Thibault fut incorporé comme soldat de 2e classe à la Compagnie du Train-Auto n°2 à Amiens (Somme).
En 1934 et 1935, il fut employé comme greffier au Tribunal Civil de Beauvais.
En 1936, il travailla chez Maitre Patin, huissier à Lille, comme Principal clerc.
En octobre 1937, il revint dans l’Oise et s’établissait en tant qu’huissier à Auneuil (Oise).

Gilbert Thibault

A la déclaration de guerre en 1939, Gilbert Thibault fut mobilisé comme sous-lieutenant au Quartier-Général de la 352e Compagnie Train-Auto.

A partir du 10 mai 1940, ce fut l'attaque brutale de l'Armée allemande. Le 20 juin, son unité fut encerclée par l'ennemi. Thibault était fait prisonnier le 26 juin. Envoyé à l'Hôtel des Thermes de Bagnoles-de-l'Orne transformé en Oflag, il parvint à s'en évader le 14 août. Il rejoignit alors la Régulatrice Routière de Châteauroux.

En février 1941, continuant son service actif, Thibault réussissait à rejoindre l'Afrique du Nord après avoir traversé les Pyrénées. Affecté à la 352e Compagnie du Train-Auto, il fut promu Lieutenant le 25 septembre.

Un an plus tard, le 25 septembre 1942, il obtint sa mutation dans la Cavalerie.

Il revint en France en octobre 1942 à l'occasion d'une permission à la fin de laquelle il tenta, en vain, de regagner l'Espagne puis le Maroc. Le Débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942 bouleversa ses plans.

Quelques mois plus tard, l'un de ses camarades de régiment se trouvant à Cambo-les-Bains l'informa qu'il avait trouvé un moyen de rejoindre l'Afrique du Nord via l'Espagne avec l'aide d'un guide nommé Ruffino.

En mars 1943, profitant de sa propre expérience et désirant continuer la lutte, Gilbert Thibault eut alors l'idée de créer la ligne "Alsace", une filière d'évasion permettant aux soldats, officiers et autres jeunes gens de rejoindre les Forces Françaises Libres via l'Espagne. Il espérait lui-même en bénéficier en dernier lieu.

 

Grâce aux contacts établis à Paris avec Hélène Julien, Yvonne Delplanche, Odette Leguillier et André Bureau, son cousin, la filière commença à fonctionner.

En août 1943, travaillant pour l'OCM et en particulier avec Charles Verni qui avait pour rôle le financement et la fourniture de faux-papiers aux évadés, Gilbert Thibault rencontra "André" dit "A-6", un représentant de l'Intelligence Service envoyé de Madrid.
"A-6" lui proposa alors de rester en France, de porter tous ses efforts sur la ligne "Alsace" et d'y faire passer des aviateurs alliés ainsi que tout renseignement pouvant servir la cause alliée. Thibault accepta.

Aucun crédit ne lui étant alloué pour le fonctionnement de la ligne, Thibault se tourna vers les instances anglo-saxonnes qui lui octroyèrent un crédit illimité.

Des divergences apparurent rapidement entre Charles Verni et "A-6". Verni demanda alors à Thibault de cesser ses contacts avec "A-6" sous peine de se voir supprimer toute ressource en provenance de l'OCM.
Thibault refusa, se considérant sous la coupe des autorités de Madrid.
Il envoya Odette Leguillier en Espagne, la chargeant d'obtenir des fonds et d'établir des relais jusque Madrid. Elle réussissait cette mission mais se fit arrêter. Refoulée en Espagne, elle parvint à rejoindre le Maroc.

Bien que privé d'argent par Verni, Thibault resta convaincu de l'action qu'il pouvait mener.
Sous le pseudonyme de "Zéphyrin", il mit sur pied, à Auneuil, une filière d'évasion consistant à collecter, contrôler, héberger, nourrir, vêtir, fournir en faux-papiers et convoyer les aviateurs. Il s'appuya pour cela sur un tissu de ramifications auprès de chefs de secteurs du département de l'Oise. Par manque de moyens financiers et sans relais efficaces menant vers la frontière espagnole, Thibault orienta ses évadés vers les filières François-Shelburn et Comète.

Gilbert Thibault

En 1942, à la demande du IIIe Reich, le Service du Travail Obligatoire (STO) avait été instauré par le gouvernement de Vichy. A partir de février 1943, tous les jeunes Français nés en 1920, 1921 et 1922 étaient recrutés de force, sous peine de sanctions, afin d'aller travailler en Allemagne. Les ''réfractaires'' se cachèrent et entrèrent dans la clandestinité, rejoignant les rangs de la Résistance ou les Maquis.

En novembre 1943, Henri Maigret, jeune instituteur de 20 ans exerçant à Blacourt, tenta lui aussi d'échapper au STO. Il demanda à Gilbert Thibault de pouvoir bénéficier de la ligne d'évasion avec son ami Robert Fontaine. Tous deux avaient la ferme intention d'atteindre l'Afrique du Nord et de rallier les Forces Françaises Libres. Au mois de septembre précédent, Henri Maigret avait rencontré pour la première fois Gilbert Thibault afin de faire évacuer deux aviateurs américains parachutés au dessus de Blacourt (August Winters et Douglas G. Wright) qu'il avait personnellement aidés. A partir de cette période, de nombreux aviateurs commençaient à tomber du ciel. Le département de l'Oise se trouvait dans une zone de passage des bombardiers alliés qui se rendaient ou rentraient de missions au dessus de l'Allemagne.

Pendant trois mois, des vagues d'arrestations s'étaient multipliées à Paris. Le départ de Maigret et Fontaine s'avérait impossible. A leur grand désespoir, ils devaient attendre.

Leur départ fut enfin fixé au 17 février 1944. Ce jour-là, à Paris, Henri Maigret et Robert Fontaine avaient rendez-vous avec Gilbert Thibault à la station de métro Notre-Dame-de-Lorette. Mais Thibault ne se présenta pas à l'heure et à l'endroit convenu.

Après avoir longuement attendu, Maigret se souvenait alors d'une adresse et décida de s'y rendre, son ami Fontaine restant près de la station de métro, espérant toujours l'arrivée de Thibault. Parvenu 12 rue de Clichy, Maigret gravissait les escaliers et frappa en vain à la porte d'un appartement. De retour au bas de l'immeuble, la concierge, mal à l'aise, lui fit comprendre qu'il fallait déguerpir.

La veille, 16 février, dans ce même immeuble de la rue de Clichy, Gilbert Thibault avait échappé de peu à une souricière tendue par la Gestapo. Par miracle, il était parvenu à s'enfuir en dévalant les escaliers sous le feu d'un policier allemand. Une balle l'avait cependant atteint et lui avait fracturé l'auriculaire droit.

Henri Maigret comprit, par la suite, combien il avait été chanceux de ne pas tomber dans le piège, simplement parce qu'il s'était trompé d'escalier et d'appartement.

Ne regagnant pas immédiatement à Auneuil, sachant qu'il était recherché et traqué, Thibault fut contraint de rester dans l'ombre.
Suite à cette chaude alerte, les rêves de Maigret et Fontaine de rejoindre l'Afrique du Nord s'effondraient (Fontaine y parviendra tout de même plus tard).

Henri Maigret "Zéphyrin" proposa alors à Henri Maigret d'entrer dans la clandestinité et de devenir son adjoint en assurant les liaisons et les convoyages. Maigret changea d'identité, devint "Albert Wuillance" avec la profession de "courtier en assurances". "Albert" lui valut bientôt le surnom de "Bébert".

Vêtu de sa veste en cuir, chevauchant sa moto Gnome-et-Rhône et risquant sa vie à chaque instant, il parcourait la campagne afin de visiter les aviateurs alliés en attente de départ. Disséminés dans les différents lieux d'hébergements, il s'occupait de les ravitailler en cigarettes et de leur fournir de fausses identités.

Habituellement, les aviateurs étaient conduits par petits groupes à Paris, soit en voiture ou soit en autocar. A partir de février 1944, devant le nombre croissant d'aviateurs à faire évacuer, Thibault organisa leur transfert par train au départ des gares de Chaumont-en-Vexin, Beauvais ou Rochy-Condé. Le trajet vers Paris s'effectuait bien souvent au milieu des soldats allemands. Parfois, des aviateurs étaient aussi remis à des convoyeurs venus de Paris. Pris ensuite en charge par la filière d'évasion Shelburn, transitant quelques heures ou quelques jours à Paris, la plupart des évadés était convoyée vers la Bretagne. A Plouha, ils embarquaient, lors d'opérations convenues et par nuit noire, à bord d'une corvette de la Royal Navy, à destination de l'Angleterre.

En mai, deux autres groupes d'évadés furent emmenés jusqu'aux gares de Saint-Ouen et de Pontoise. Il était décidé d'éviter Paris. Une autre fois, un groupe fut conduit à l'hospice d'Argenteuil. A compter de cette période, les aviateurs furent dirigés vers le camp de la forêt de Fréteval, près de Châteaudun. Le Débarquement devenant imminent, les Alliés bombardaient les voies de communications et paralysaient le réseau ferroviaire. Il n'était plus question de prendre de risques en convoyant les aviateurs à travers la France.

Dans l'Oise, à partir du mois d'août, n'ayant pu être évacués depuis deux mois, les aviateurs s'accumulaient chez les hébergeurs de la région. Gilbert Thibault imagina alors la construction d'un camp rudimentaire dans un bois très touffu et difficile d'accès appartenant à Mme Ravel, près de la commune de Porcheux, au sud de Beauvais.

Attendant l'arrivée imminente des troupes alliées, une vingtaine d'aviateurs y logèrent dans des cabanes aux toits de tôles recouverts de feuillages. Ils dormaient sur de la paille, étant approvisionnés et nourris par des fermiers des alentours.
Le 30 août 1944, l'arrivée d'une colonne blindée britannique libéra le secteur, mettant un terme aux quatre années d'Occupation et à l'activité du réseau "Alsace".

Le réseau "Alsace" avait permis l'évasion d'environ 120 aviateurs alliés, la plupart tombés dans le département de l'Oise. Certains autres, arrivant des départements limitrophes et tentant de se diriger vers la plaque tournante qu'était Paris,avaient pu bénéficier de l'aide du réseau.
Malgré des arrestations, essentiellement à Paris, le réseau "Alsace" continua de fonctionner jusqu'à la Libération.

Les gouvernements alliés reconnurent après la guerre le rôle prépondérant joué par le réseau "Alsace" dans l'évacuation des aviateurs alliés. De multiples distinctions britanniques et américaines furent décernées à Gilbert Thibault, à Henri Maigret et aux membres du réseau.

Quelques jours après la Libération, Gilbert Thibault quitta Auneuil et demanda à reprendre du service dans l’Armée en tant que Lieutenant de Réserve dans la Cavalerie. Il rejoignit le front de l'Atlantique jusqu'à la fin des hostilités. 

En février 1953, Gilbert Thibault partit en Indochine où il commanda une Compagnie de transport. Il se distingua particulièrement en janvier 1954 en parvenant à acheminer trois bataillons sous le feu de l’ennemi. Cette action lui valut l’attribution de la Croix de Guerre des T.O.E avec Etoile d’Argent.

Gilbert Thibault décéda le 14 mai 1955 à Paris. Ses obsèques eurent lieu au Val-de-Grâce à Paris.

 
En décembre 1944, Henri Maigret s'engagea dans l'Armée Française. Il servit au Maroc puis en Allemagne. Démobilisé en mars 1946, il reprit son métier d'instituteur dans la région de Beauvais. Peu attiré par les honneurs, il assistait rarement aux cérémonies commémoratives. En 1962, il partit enseigner au titre de la coopération au Maroc puis en Algérie jusqu'en 1976. Revenu en France, il termina sa carrière d'enseignant à Istres.
 
Bien des années après la guerre, il eut aussi la satisfaction de correspondre et de revoir à plusieurs reprises des aviateurs britanniques, américains ou australiens revenus dans la région afin de remercier personnellement leurs sauveteurs.
 
Retraité, c'est en 1977 qu'il décida de tirer de l'oubli les actions menées par le réseau "Alsace". Il rassembla des documents et recueillit les témoignages et les souvenirs de ceux qu'il avait côtoyé en 1943/1944.
Son livre, "Un réseau d'évasion dans l'Oise à Auneuil" était publié en 1994.
Henri Maigret décéda le 10 octobre 2007.

 

Le nom du réseau "Alsace" est gravée sur la stèle de granit dominant la plage "Bonaparte" à Plouha, perpétuant le souvenir de la filière d'évasion créée par Gilbert Thibault.

Plouha - La stèle

 

Sources : Archives Nationales US

  

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