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  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)

 

4 août 1944

 

Squadron Leader Ian Willoughby BAZALGETTE

Victoria Cross, Distinguished Flying Cross

 

Lancaster Mk III ND811

Squadron 635 - Royal Air Force

 

Senantes (Oise)

 

                                                                                                                                                                                                                                             
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Ian Willoughby Bazalgette est né le 19 octobre 1918 à Calgary, au Canada, de parents anglo-irlandais, troisième enfant d’une famille à la tête d’une exploitation agricole.

Son père qui avait été blessé et gazé lors de la Première Guerre mondiale, en gardait toujours des séquelles. Eprouvant des difficultés à administrer sa ferme, il abandonne finalement son métier.  

En 1922, la famille Bazalgette part s’établir à Toronto pendant environ trois ans puis son père décide d’emmener sa famille dans son pays natal : l’Angleterre.
C’est donc dans le Surrey, à quelques kilomètres au sud-ouest de Londres que grandit le jeune Ian.
 
Vers l’âge de 13 ans, il est atteint de tuberculose, ce qu’il l’oblige à suivre un traitement en sanatorium suivi d’une longue convalescence.
Au cours de sa jeunesse, il se passionne pour l’écriture de la musique, la lecture et la photographie.

En juillet 1939, quelques mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Ian W. Bazalgette s’engage dans la Royal Artillery et se retrouve affecté en Ecosse au 51e Highland Searchlight Regiment, équipé de projecteurs contrôlés par radars.

A partir de juillet 1940, commence la bataille d’Angleterre. La Luftwaffe du Maréchal Goering tente d’abord de détruire les convois britanniques dans la Manche puis s’en prend en vain à la Royal Air Force avant de lancer le « Blitz », le bombardement de Londres et autres grandes villes britanniques.

En 1941, désirant s’impliquer davantage dans la guerre, Ian W. Bazalgette obtient son transfert dans la Royal Air Force qui a besoin de pilotes. Au mois de juin, il rejoint l’Angleterre et la 22 Elementary Flying Training School de Cambridge. Après une dizaine d’heures en double commande, il est lâché pour son premier vol en solo sur Tiger Moth le 3 août 1940.

S/L Ian W. BAZALGETTEAu fil des mois, Ian W. Bazalgette passe successivement par différentes écoles de vol de la RAF, apprenant à piloter des bimoteurs.
Sa formation de pilote de bombardier terminée, il est finalement affecté au Squadron 115 du Bomber Command de la RAF, à Marham, dans le Norfolk.

Dans la dernière semaine de septembre, le Squadron est transféré sur la base de Mildenhall.

Le 30 septembre 1942, aux commandes d’un bimoteur Vickers Wellington avec équipage, le Pilot Officer Bazalgette effectue sa première mission au dessus de la Hollande.

A partir de ce moment et jusque la fin de l’année 1942, les missions nocturnes au dessus du territoire ennemi vont se succéder pour le P/O Bazalgette et les équipages du Squadron 115. Entre temps, en novembre, il est promu Flying Officer.

En février 1943, un nouvel appareil, le quadrimoteur Lancaster, commence à remplacer les Wellington du Squadron 115, nécessitant la conversion des pilotes et de leurs équipages.

Sa première mission à bord de ce nouvel appareil comprenant un équipage de sept hommes a lieu dans la nuit du 22 au 23 mars 1943. Il s’agit de bombarder le port de Saint Nazaire mais les appareils sont rappelés avant d’atteindre l’objectif.

Tout au long de l’année 1943, des raids, auxquels le F/O Bazalgette prend part, s’intensifient sur la Ruhr et les villes allemandes telles, Berlin, Essen, Duisbourg, Dortmund…, villes fortement défendues, occasionnant toujours un taux de pertes élevé parmi les appareils des Forces alliées.

Promu Squadron-Leader et ayant complété son premier tour d’opération, Ian W. Bazalgette se voit décerner la Distinguished Flying Cross le 1er juillet 1943.

Fin 1943, désormais pilote expérimenté, il est envoyé comme instructeur en Ecosse avant d’obtenir, après quelques semaines d’entraînement, son transfert au sein de la Pathfinder Force.

Au début de l’année 1944, il est donc affecté au Squadron 635 basé à Downham Market, dans le Norfolk, dont les Lancaster sont chargés de marquer, « d’illuminer », les cibles à bombarder.

 
Les missions reprennent, toujours extrêmement dangereuses au dessus des villes et des sites stratégiques ennemis, jusqu’à la journée fatidique du 4 août 1944. Ce jour-là, dans la matinée, le S/L Bazalgette et son équipage s’envolent vers 11h15 de la base de Downham Market à bord du Lancaster ND811 "F2-T". C’est sa 58e mission opérationnelle, étant proche d’achever son second tour d’opérations.

 

L’équipage :

S/L Ian W. BAZALGETTE

RAF

Pilote

Sgt George R. TURNER

RAF

Flight engineer

F/L Geoffrey R. GODDARD

RAF

Navigateur

F/L Ivan A. HIBBERT

RAF

Bombardier

F/O Charles R. GODFREY

RAF

Opérateur-radio

F/S Vernon V. R. LEEDER*

RAAF

Mitrailleur dorsal

F/O Douglas CAMERON

RAF

Mitrailleur arrière


* Le F/S Vernon Leeder, de la Royal Australian Air Force, ne faisait pas partie de l’équipage habituel du S/L Bazalgette. Lors de la mission du 4 août 1944, il remplaçait le F/S Hurnhall.

L'équipage du S/L Ian W. BAZALGETTE
Ian W. Bazalgette, Geoffrey Goddard, Ivan Hibbert, Charles Godfrey, Bob Hurnhall, Douglas Cameron et George Turner
 

Dix Lancaster du Squadron 635 de la Pathfinder Force sont désignés pour « marquer » la cible pour une force principale de 61 autres Lancaster de la Royal Air Force. L’objectif : le bombardement des carrières de stockage de fusées V-1 de Trossy-Saint Maximin, (Oise).

Depuis la mi-juin, ces bombes volantes frappaient l’agglomération londonienne et l’Angleterre. Il était donc d’une extrême importance pour le Bomber Command d’anéantir définitivement ce site. Pilonné massivement lors de raids nocturnes depuis le mois de juillet et fortement protégé par la défense antiaérienne et la chasse de nuit allemande, la Royal Air Force y avait déjà perdu nombres de ses bombardiers.

Cette nouvelle mission s’annonçait donc à hauts risques et des plus périlleuses pour les équipages.

Parvenus aux abords de l’objectif, alors que la formation se dirige droit vers la cible, la Flak se déchaîne. Les deux appareils qui précèdent le Lancaster du S/L Bazalgette sont atteints par les tirs venus du sol. L’un d’eux, piloté par le F/L Robert W. Beveridge, plonge vers le sol, en flammes, et s’écrase près du village de Saint Maximin. Tout l’équipage périt.

C’est au S/L Ian W. Bazalgette que revient désormais la responsabilité de marquer la cible mais, à son tour, son appareil est touché par la Flak. Les deux moteurs et les réservoirs d’essence de l’aile droite prennent feu. Les flammes lèchent le fuselage. Parvenant à maintenir l’appareil en détresse en ligne de vol, le Squadron Leader Bazalgette largue avec précision les marqueurs et les bombes sur l’objectif, permettant aux autres Lancaster de bombarder le site.

Allégé de sa cargaison mais déséquilibré, le quadrimoteur se met en vrille, perdant rapidement de l’altitude, ravivant le feu qui dévore l’aile droite. Le sang froid et la maîtrise du S/L Bazalgette lui permet de rétablir l’appareil.      

Les éclats de la Flak ont frappé aussi la partie avant du Lancaster, blessant gravement le F/L Hibbert. Le bras droit à demi arraché, il est dégagé de son poste dans un état critique par Turner et Godfrey qui l’emmènent vers l’arrière. Allongé sur une civière, on lui injecte de la morphine.

A bord, les membres de l’équipage combattent les flammes. De la fumée et de l’essence se répandent à l’intérieur de l’appareil, entraînant l’asphyxie du F/S Leeder.

Volant vers le nord-ouest, il est évident que le Lancaster ne pourra pas regagner l’Angleterre.

Ayant perdu de l’altitude, c’est au tour de l’un des moteurs de l’aile gauche de s’arrêter.

En accord avec le Flight engineer Turner, le S/L Bazalgette ordonne à l’équipage d’évacuer l’avion. C’est le début d’après-midi. Aux environs du village de Senantes, dans l’Oise, Cameron, Turner, Goddard et Godfrey abandonnent tour à tour l’appareil d’une altitude de 1 000 mètres.

Conscient que le F/L Hibbert et le F/S Leeder sont dans l’incapacité de sauter en parachute, le S/L Bazalgette refuse de les abandonner.

Après avoir évité le village de Senantes en effectuant un grand virage, il décide de tenter l’atterrissage du Lancaster en détresse dans un champ. A environ un kilomètre du village, l’appareil se pose parfaitement mais….explose quelques secondes plus tard. Les trois aviateurs sont tués.

Mr Siméon Desloges, jeune enfant en 1944, se souvient d’avoir observer l’appareil en flammes qui a évité le village à basse altitude. Puis une grande déflagration a retenti suivie d’un grand nuage de fumée qui s’élevait dans le ciel.

Dans l’après-midi, les corps du Flight Lieutenant Hibbert et du Flight Sergeant Leeder sont extraits des débris de l’avion. Ramenés dans l’église de Senantes, il est décidé qu’ils seront inhumés avec dignité dans le cimetière du village le dimanche suivant.

Mais dans la matinée de ce dimanche 6 août, tandis que la population s’apprête à rendre hommage aux deux aviateurs, les Allemands emmènent leurs corps et les inhument dans le cimetière militaire de Beauvais-Marissel.

Les obsèques n’ayant donc pas lieu, tout le monde se rend sur le site du crash, malgré la crainte de l’arrivée des Allemands, et dépose d’innombrables fleurs en signe de reconnaissance auprès des débris du Lancaster.

Senantes - Débris du Lancaster ND811

Les quatre aviateurs rescapés, recueillis aux alentours, signalent bientôt à leurs sauveteurs, malgré la barrière de la langue, qu’ils étaient sept à bord de l’appareil et que le corps du pilote se trouve certainement encore dans l’épave. Discrètement, les recherches sont de nouveau entreprises. Les restes du S/L Bazalgette sont retrouvés dans les décombres.

Le corps du pilote est conservé jusqu’à la cérémonie d’inhumation. Elle se déroule à Senantes le dimanche 8 octobre 1944 en présence de sa sœur Ethel, d’autorités militaires britanniques et françaises et d’une foule nombreuse venue rendre hommage à l’aviateur.

En 1945, le S/L Ian W. Bazalgette est décoré à titre posthume de la Victoria Cross, la plus haute distinction militaire britannique, pour son sacrifice héroïque en ne voulant pas abandonner ses deux camarades blessés restés à bord.

Les quatre survivants ont échappé aux recherches allemandes et à l’arrestation.

Charles Godfrey et Geoffrey Goddard ont atterri proche l’un de l’autre, près du village de Senantes. Dans la soirée, ils sont cachés chez l’instituteur du village, Mr Laluet, où on leur fournit des vêtements civils. Avisé, Henri Maigret vient les interroger et les prendre en photos pour permettre l’établissement de leurs faux-papiers d’identité.

Le lendemain, désormais pris en charge par le réseau d’évasion « Alsace », Henri Maigret les emmène dans une charrette chez la famille Desserre, gérants de la ferme de la Boissière, à Blacourt, où ils sont hébergés jusqu’au 20 août, soit une douzaine de jours.

Par sécurité, il est alors décidé de déplacer les deux aviateurs. Dans une carriole, Henri Maigret se charge de les transférer, au milieu des troupes allemandes en déroute, à La Neuville-sur-Auneuil, dans la ferme de Pierre Muller.

L’arrivée des troupes alliées est imminente, la Libération approche. Les fermes de la région regorgent d’aviateurs. Nombre d’entre eux sont hébergés dans les environs et les possibilités d’accueil arrivent à saturation.

Il est donc décidé de créer un camp provisoire et de regrouper les aviateurs dans un bois touffu au Saussay, situé près de la commune de Porcheux.

C’est dans ce camp que sont emmenés par Pierre Muller, Charles Godfrey et Geoffrey Goddard, le soir de leur arrivée.

Une colonne blindée britannique les libère le 30 août.

George Turner a atterri à près du hameau de Bois-Aubert, à quelques centaines de mètres de Senantes. Blessé au dos, il est recueilli et hébergé chez René Cocu, cultivateur du hameau de Groscourt, où il attendra la Libération.

Après son atterrissage près de Glatigny et ayant fui de justesse les Allemands, Douglas Cameron est hébergé par la famille Anse à Glatigny et la famille Roisse à Hanvoile. Il choisit ensuite de participer, avec la Résistance locale, à différentes actions de sabotage contre l’ennemi jusqu’à la Libération.  

Charles Godfrey et George Turner sont revenus à plusieurs reprises après la guerre afin de remercier leurs sauveteurs. Ils étaient aussi présents le 4 août 1994, accompagnés de la fille de Douglas Cameron, lors de la cérémonie d’inauguration de la stèle érigée sur le lieu du crash en mémoire de leurs camarades disparus cinquante ans plus tôt.

Le 27 juillet 1990, au Bomber Command Museum of Canada de Nanton, situé au sud de Calgary dans l’Alberta, avait lieu une cérémonie en mémoire du Squadron Leader Ian Willoughby Bazalgette. A cette occasion, sa sœur Ethel, George Turner et Charles Godfrey dévoilèrent une plaque en l’honneur du pilote et un Lancaster portant les mêmes marquages de celui qu’il pilotait lors de la tragique mission du 4 août 1944, devenant ainsi le Ian Bazalgette Memorial Lancaster.

Le 15 août 2009, au musée de Nanton, était signé par leurs maires respectifs, l’acte de jumelage unissant le village de Senantes et la ville canadienne en mémoire du courage et du sacrifice du S/L Bazalgette.

Le 27 juin 2014, à Senantes, cet acte était contresigné par les représentants des deux communes à l'occasion d'une journée commémorative. 

"Baz", le livre retraçant l'histoire du S/L Bazalgette, par Dave Birrell. 

 

 

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