• Plage Bonaparte à Plouha (Côtes d'Armor) - Haut-lieu de la Résistance

  • Sacy-le-Grand (Oise) - Mémorial en souvenir du F/O H. H. MacKenzie (RCAF)

  • Supermarine LF Mk.Vb Spitfire EP120 - G-LFVB - (The Fighter Collection)

  • Le Cardonnois (Somme) - Stèle à la mémoire de l'équipage du Boeing B-17 #42-31325, 452nd Bomb Group

  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)

 

30 décembre 1943

 

Boeing B-17F # 42-30674 "Destiny’s Tot"

 

95th Bomb Group

336th Bomb Squadron

8th Air Force

 

Campremy (Oise)

 

                                                                                                                                                   

                                                                                                            

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Le 30 décembre 1943, lors d’une mission visant les industries chimiques IG-Farben de Ludwigshafen en Rhénanie, la 8th Air Force perdait deux chasseurs d’escorte P-47 "Thunderbolt", deux B-24 "Liberator" et trois B-17 "Forteresse volante" qui s’écrasaient en divers lieux du département de l’Oise.

Parmi ces appareils, le B-17 # 42-30674 "Destiny’s Tot", du 95th Bomb Group, 336th Bomb Squadron, avait été désigné pour participer à ce raid périlleux. Il était piloté par le 1st Lt Richard M. Smith qui participait ce jour-là à sa 13e mission.

95th Bomb Group
95th Bomb Group

 

 

L’équipage du "Destiny’s Tot" :

1st Lt Richard M. SMITH Pilote 22 ans Evadé Breckenridge, Minnesota
2nd Lt William H. BOOHER Copilote 23 ans Evadé Chicago, Illinois
2nd Lt Louis FEINGOLD Navigateur 24 ans Evadé Brooklyn, New York
2nd Lt Warren C. TARKINGTON Bombardier 23 ans Evadé Kearney, Nebraska
T/Sgt Kenneth A. MORRISON Mitrailleur dorsal 24 ans Evadé Phoenix, Arizona
T/Sgt Alphonse M. MELE Opérateur-radio 36 ans Evadé Bronx, New York
S/Sgt Jerry ESHUIS Mitrailleur ventral 21 ans Evadé Zillah, Washington
S/Sgt Robert F. ADAMS Mitrailleur latéral droit Prisonnier LaGrange, Ohio
S/Sgt Anthony ONESI Mitrailleur latéral gauche 22 ans Prisonnier Niagara Falls, New York
S/Sgt Thomas G. O'HEARN Mitrailleur de queue 27 ans Prisonnier New Hampshire
 

Equipage du Destny's Tot
Au premier rang, de gauche à droite :
Warren C. Tarkington (bombardier) , Murray Ball (navigateur remplacé par Louis Feingold)
Richard M. Smith (pilote) et William H. Booher (copilote)
Au second rang, de gauche à droite :
Robert F. Adams (mitrailleur), Tony Onesi (mitrailleur), Alphonse M.  Mele (opérateur-radio),
Thomas G. O'Hearn (mitrailleur arrière), Robert Southard (mitrailleur ventral remplacé par Jerry Eshuis)
et Kenneth A. Morrison (mitrailleur dorsal)
 
Tôt dans la matinée, les B-17 du 95th Bomb Group s’élançaient de la base anglaise d’Horham, dans le Suffolk. Après s’être intégrés dans l’immense armada, les bombardiers mettaient le cap sur la France. Après la traversée de la Manche, la côte française était franchie entre Fécamp et Dieppe. Les quadrimoteurs prenaient alors la direction de l'Allemagne. Ils étaient bientôt rejoints par des chasseurs américains et britanniques qui les escortèrent sur une partie du trajet avant de faire demi-tour en raison de leur rayon d'action insuffisant.
 
B17F en formation

B-17 en formation (source Wikipédia)

Les vagues de bombardiers, évoluant en formations compactes à 9 000 mètres d’altitude, poursuivaient leur vol vers le Reich. Vers 13 heures, parvenus au dessus de l’objectif, les soutes à bombes s’ouvrirent. Maintenant leur cap tout en suivant l’avion-leader au milieu des éclatements des obus de Flak, les bombes étaient larguées sur la cible et ses abords.

Le "Destiny’s Tot" fut touché alors qu’il entamait le trajet retour. Un éclat vint frapper le compartiment du navigateur, un autre endommagea gravement l’un des quatre moteurs, entrainant une importante fuite d’huile.

Volant désormais sur trois moteurs, l'appareil perdit de l’altitude et se trouva progressivement distancé du reste de la formation. L’équipage savait maintenant qu’il devait rallier, seul et sans escorte, d’abord le nord de la France puis l’Angleterre.

Surgissant derrière le quadrimoteur en perdition, un Messerschmitt-109 puis bientôt six Focke-Wulf 190 saisirent l’occasion d’attaquer cette proie isolée. A bord du B-17, les mitrailleurs ripostèrent du feu de leurs mitrailleuses, tentant d’abattre les assaillants. A l’arrière de l’appareil, les S/Sgts O'Hearn, Adams et Onesi étaint blessés. Dans la tourelle ventrale, Jerry Eshuis était également touché. Les attaques ennemies répétées rendirent rapidement le bombardier difficilement contrôlable. L’appareil était criblé, les systèmes hydrauliques et électriques étaient inopérants et le compartiment-radio était en feu.

Le "Destiny’s Tot" survolait la France. L’ordre d’abandonner l’appareil fut donné par le 1st Lt Smith. L’interphone étant détruit, chacun se passa le mot et s’extirpa plus ou moins difficilement de sa position. Les parachutes furent harnachés. Les membres de l’équipage, tout en s’entraidant, évacuèrent tour à tour le bombardier en totale perdition. Le 1st Lt Smith, après avoir tenté de maintenir l’appareil en ligne de vol, évacua le dernier à une altitude d'environ 4 000 mètres.

Totalement abandonné, le "Destiny’s Tot" continua son vol pendant quelques minutes avant de plonger vers le sol. Il s’écrasa et explosa en début d’après-midi dans un champ près du village de Campremy (Oise).

Campremy - Site du crash

                                                                                         Site du crash à proximité de Campremy

De nombreuses personnes avaient observé les aviateurs tombant du ciel suspendus à leurs parachutes. Elles tentèrent immédiatement de secourir ces hommes avant l’arrivée des Allemands. Les dix membres de l’équipage du "Destiny’s Tot" allaient connaitre des fortunes diverses.

Le S/Sgt Thomas G. O'Hearn avait atterri au nord de Fumechon. Bien que gravement blessé, il parvint à dégrafer son parachute. Dans l’impossibilité de se déplacer, il s’allongea sur le sol. Des Français accoururent rapidement auprès de lui. Ils se rendirent compte de son état qui nécessitait des soins urgents. Il était impossible de le déplacer. Démunis face à la situation, ils n’eurent d’autre choix que de prévenir les Allemands pour lui sauver la vie. Thomas O'Hearn fut donc capturé et évacué vers un hôpital.

Le S/Sgt Robert F. Adams avait atterrit dans un champ près du village de Catillon. Des Français le débarrassèrent de son parachute et constatèrent qu’il était gravement blessé. Ils parvinrent à le transporter et le cachèrent dans une grange. Prévenu rapidement, un médecin français prodigua les premiers soins à l’aviateur. Constatant la gravité des blessures, il fut aussi décidé de le remettre aux Allemands.

 
Catillon
Catillon

                                                                                                                                                   

Le S/Sgt Anthony Onesi avait également touché le sol près de Catillon, à courte distance de Robert F. Adams. Lui aussi était blessé. Deux Français se précipitèrent vers lui. Devant l’état des blessures, les deux hommes n’eurent pas d’autres choix que d’avertir les Allemands.

Dans l’après-midi, un véhicule arriva sur les lieux. Les ambulanciers allemands prirent en charge Onesi puis se dirigèrent vers la grange où se trouvait Adams, semi-inconscient. Les deux aviateurs furent emmenés à l’hôpital de la Compassion de Domfront (Oise) sous contrôle de l’Armée allemande.

S/Sgt Anthony Onesi

S/Sgt Anthony ONESI

Après plusieurs semaines de soins et étroitement gardés, Hearn, Onesi et Adams furent envoyés dans des camps de prisonniers en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.

Leurs sept autres compagnons d'équipage furent plus chanceux.

Après avoir atterri et s’être rapidement débarrassé de son parachute, le T/Sgt Kenneth A. Morrison aperçut six Français qui se précipitèrent à sa rencontre. Utilisant son livret de traduction, Morrison leur demanda où se trouvaient les Allemands. Il décida de partir dans la direction opposée. Après quelques temps, il se cacha dans un fourré puis plus tard dans une meule de foin. Bientôt, un cultivateur apparut et lui conseilla de retourner se dissimuler dans le fourré et d’attendre. La nuit tombée, ce même cultivateur vint retrouver Morrison. Il lui donna des vêtements civils puis lui indiqua de longer la voie de chemin de fer où il pourrait prendre un train. Marchant dans l’obscurité le long de la voie ferrée, Morrison rencontra un autre Français qui l’accompagna jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une gare. Un homme d’origine polonaise, Adolphe Kozuira, l’emmena ensuite chez Arthur Jullien, son beau-frère, à Saint-Just-en-Chaussée. Kenneth A. Morrison fut hébergé par cette famille jusque dans la matinée du 1er janvier 1944...  

T/Sgt Kenneth A. Morrison

T/Sgt Kenneth A. MORRISON

Jerry Eshuis, le mitrailleur ventral, était tombé en parachute près du village de Catillon. Immédiatement, tout un groupe de personnes s’approcha de lui et l’aida à se déharnacher de son équipement. Pendant le combat contre les chasseurs allemands, Jerry Eshuis avait été blessé au dessus de l’œil droit et avait reçu des éclats dans l’épaule. Sa blessure la plus sérieuse se situait cependant dans le haut de sa jambe droite. Il fut rapidement emmené dans le village de Catillon où il aperçut son camarade "Bob" Adams sans qu’il puisse lui parler. La famille Gorge prit en charge Eshuis. L’accueil dans cette ferme était des plus chaleureux. Il fut soigné sommairement et on lui fournissait des vêtements civils. Son équipement d’aviateur était rapidement enfoui dans un sac et caché. Les femmes présentes lui préparèrent un repas puis Eshuis partit se coucher dans une chambre de la maison pendant deux heures.

S/Sgt Jerry ESHUISS/Sgt Jerry ESHUIS

Pendant ce temps, les Allemands sillonnaient le secteur, traversant notamment le village à la recherche des aviateurs abattus. Jerry Eshuis fut réveillé puis alla se dissimuler sous du foin dans une grange. Par chance, les Allemands ne firent que passer et n’investissèrent pas la ferme. L’alerte passée, l’aviateur retourna dans la petite chambre. Il resta caché par la famille Gorge jusqu’au 1er janvier…

Le navigateur Louis Feingold et le bombardier Warren C. Tarkington atterrirent très près l’un de l’autre, dans la campagne au nord de la ville de St Just-en-Chaussée. Tarkington était légèrement blessé à la cheville lors de l’atterrissage. Les deux aviateurs, surpris et heureux de se retrouver, partirent à la rencontre de Français qui leur faisaient des signes depuis une charrette de foin tirée par des chevaux. Bientôt, une seconde charrette arriva. Les deux aviateurs demandèrent aux paysans de se séparer car ce rassemblement risquait d’attirer les Allemands. L’un des hommes, d’origine belge et parlant un peu anglais, emmena Feingold et Tarkington à bord de sa charrette vers un ravin boisé puis leur demanda de descendre et d’attendre son retour. Désormais seuls, les deux aviateurs se débarrassèrent de leurs équipements de vol.

Comme convenu, l’homme revint plus tard avec des vêtements civils et proposa de les héberger bien qu’il n’ait aucun contact avec la Résistance.

Désormais habillés comme de vrais paysans, Feingold et Tarkington accompagnés du Français rejoignirent une route principale. En chemin, ils rencontrèrent un autre homme arrivé à bicyclette qui parlait un anglais parfait. Il indiqua aux deux aviateurs qu’ils devaient suivre la route jusqu’à un croisement où se trouvaient une quantité de fils électriques. C’est à cet endroit qu’il devait les retrouver plus tard.

Cet homme à la bicyclette se nommait Jean Crouet. Il habitait à St Just-en-Chaussée où il était membre de la Résistance locale. A l’heure convenue, il retrouva les deux aviateurs et les emmena chez lui. Un médecin vint soigner la cheville de Tarkington.

Tôt le lendemain matin, Jean Crouet, qui travaillait en tant qu’ingénieur-chimiste, emmena les deux Américains à l’usine Weeks où il était aussi Directeur. Feingold et Tarkington furent cachés dans un tunnel sous l’usine, ne remontant dans le bureau de Jean Crouet qu’au moment des repas lorsque les ouvriers étaient absents.

Feingold et Tarkington restèrent dans l’usine jusque dans la soirée du 1er janvier.

L’opérateur-radio Alphonse M. Mele avait atterri dans un champ à l’ouest du village de Wavignies. Aux cinq personnes dont deux femmes qui se précipitèrent vers lui, il déclara qu’il était Américain. L’un des Français, Gilbert Santune, emmena rapidement Mele vers la grange d’une ferme à proximité. L’aviateur fut laissé seul. Son sauveteur revint vers 18 heures avec des vêtements civils. L’équipement de vol de Mele fut enfoui dans un sac puis les deux hommes se dirigèrent à pied au domicile de Gilbert Santune. Immédiatement, sa femme prépara de la nourriture.

Tard dans la nuit, Mele était déplacé dans une ferme où il allait retrouver le copilote William H. Booher puis le pilote Richard M. Smith.

Wavignies

Wavignies

Aux abords de Wavignies, le 2nd Lt William H. Booher fut recueilli dès son atterrissage par tout un groupe de personnes. Très vite, il était emmené dans une maison où on lui procura des vêtements civils. Plus tard dans la soirée, il fut conduit dans une grange puis à l’intérieur de l’habitation d’une ferme où il avait la joie de revoir Smith, son pilote, et l’opérateur-radio Mele.

2nd Lt William H. BOOHER    T/Sgt Alfphonse M. MELE

2nd Lt William H. BOOHER                              T/Sgt Alphonse M. MELE

 

Le 1st Lt Richard M. Smith évacua l’appareil en dernier. Pendant qu’il flottait dans les airs suspendu à son parachute, un Messerschmitt-109 s’approcha et commença à cercler autour de lui. Une situation très inquiétante pour Smith qui pensa que le pilote allemand s’apprêtait à tirer sur lui. Au lieu de cela, il aperçut clairement l’aviateur lui faire un signe de la main, geste auquel Smith répondit avant de voir avec soulagement l’appareil ennemi s’éloigner. Smith finissait par atterrir également à proximité du village de Wavignies. Un homme labourant son champ lui indiqua la direction à suivre afin d’échapper aux Allemands. Il partit se cacher dans une haie et décida d’attendre l’obscurité. Après la tombée de la nuit, trois civils armés surgissaient. L’un portait un sac contenant des vêtements. Ils indiquèrent à l’aviateur qu’il devait se changer puis tous se dirigèrent vers une habitation du village de Wavignies. Smith fut mis en présence d’un quatrième Français qui l’interrogea puis fut transporté dans le coffre d’une petite voiture vers une ferme où il revoyait Booher et Mele.

1st Lt Richard M. SMITH

1st Lt Richard M. SMITH

Ce soir-là, Georges Jauneau "Capitaine Jacques", leader du groupe de Résistance de St Just-en-Chaussée, vint brièvement rencontrer les aviateurs. C’était un homme sévère et rigoureux quant aux questions de sécurité. Il leur expliqua qu’ils étaient désormais entre les mains de la Résistance française mais qu’ils devaient patienter.

Dans la soirée du lendemain, 31 décembre, le "Capitaine Jacques" revint voir les trois Américains qui embarquèrent dans une petite camionnette à destination de Saint Just-en-Chaussée. Ils furent conduits dans une maison vacante à deux étages appartenant à Mr Dubois, située dans le bas de la rue de Paris. Smith, Booher et Mele allaient y séjourner pendant quelques jours. Les trois hommes se demandaient comment allaient se passer les jours à venir. Ils savaient que la Résistance locale était en train d’organiser la poursuite de leur évasion. En attendant, ils devaient patienter et les journées étaient longues. Ils passaient beaucoup de temps à jouer aux cartes. La monotonie était entrecoupée par les visites de Paulette, l’épouse du "Capitaine Jacques", qui était chargée de leur apporter des repas plusieurs fois par jour.

 

Kenneth A. Morrison

Dans la matinée du 1er janvier 1944, venu de Chantilly, Jean Lacour prit en charge Kenneth A. Morrison chez la famille Jullien à St Just-en-Chaussée. Les deux hommes prirent le train et arrivèrent à Chantilly. Après un court arrêt au domicile de Jean Lacour, l’aviateur fut emmené à deux pas de là chez Yvonne Fournier qui possédait le magasin de confection "La Belle Jardinière". Morrison fut hébergé jusqu’au 3 janvier dans l’arrière boutique. Après avoir reçu la visite d’un gendarme, Louis Despretz et Edmond Bourge arrivèrent. Ces derniers étaient très impliqués dans la Résistance. Edmond Bourge emmena Morrison sur sa moto au Café de la Paix dans la ville voisine de Gouvieux. Le propriétaire, qui arriva bientôt à bicyclette, n’était autre que son compère Louis Despretz. Après le repas, Morrison fut conduit à proximité au domicile d’Innocente et Betty Lauro. Chez eux se trouvait hébergé depuis peu un aviateur américain du 379th Bomb Group, le S/Sgt Milton J. Mills Jr, qui était blessé à la jambe. Le B-17 à bord duquel il était opérateur-radio avait également été abattu le 30 décembre au cours de la même mission sur Ludwigshafen. Les deux aviateurs purent échanger à propos de leur aventure. Quelques heures plus tard et de nouveau à moto, Edmond Bourge emmena Morrison rue de Condé à Montataire. L’aviateur fut accueilli par Marie Dorez et son mari, les beaux-parents d’Edmond, qui y dirigaient un commerce de vente en gros de fromages.

Marie DorezA ce moment, Morrison ignorait qu’il allait être hébergé chez les Dorez pendant un mois. Ce long séjour allait créer une certaine complicité entre l’aviateur et la famille, particulièrement avec Jacqueline, la fille cadette de la famille âgée de 18 ans. Les farces et les blagues entrainaient souvent de bonnes parties de rigolades. Malgré l’omniprésence des troupes allemandes dans la ville, Jacqueline emmenait parfois l’aviateur dans une salle de l’autre côté de la rue où ils pouvaient jouer au tennis de table. La propriétaire du lieu était navrée d’apprendre qu’un si "jeune et si beau garçon" soit "muet".

Le 27 janvier, le S/Sgt Milton J. Mills Jr était amené à moto par Edmond Bourge chez la famille Dorez. Les deux aviateurs furent ravis de se retrouver. Deux jours plus tard, Mills partit loger chez Jules et Hortense Duchateau qui résidaient à l’autre extrémité de la rue. La proximité des deux habitations permettait aux aviateurs de se rencontrer presque quotidiennement.

Mills Bourge Morrisson
Milton J. Mills Jr, Edmond Bourge
et Kenneth A. Morrison.
Photo prise en janvier 1944 chez la famille Dorez
à Montataire.
 

Après avoir obtenu de faux papiers d’identité de la part d’Edmond Bourge, Morrison et Mills quittèrent Montataire le 4 février à bord du véhicule de Mme Dorez. Ils furent conduits à la gare de Creil où ils rencontrèrent "Rollo" (Leslie Atkinson). Il leur fournissait des billets de train et les accompagna lui-même jusqu’à Amiens.

Arrivés à Amiens, Morrison et Mills furent emmenés par "Rollo" chez une dame qui allait les loger. Le 12 février, il revint chercher les deux Américains et les conduisit dans une maison de la ville qui s’avéra être trop petite pour les deux aviateurs. Finalement, ils furent hébergés par Georges Tourdes et sa famille. Ils y séjournèrent jusqu’au 14 mars, date à laquelle Joseph « Joe » Balfe vint les rencontrer. De nouveau, Mills et Morrison furent déplacés pour être hébergés dans une autre partie de la ville, chez René Lemattre, un coiffeur résidant près de la gare Saint-Roch. Une quinzaine de jours plus tard, Benjamin Lefebvre arriva en voiture et conduisit les deux Américains à Hornoy-le-Bourg, à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Amiens. Dans le village, ils devaient rencontrer d’autres évadés anglais et américains puis poursuivre leur évasion en prenant le train mais entre temps la voie avait été sabotée et détruite.

Morrison et Mills furent emmenés chez la famille Paire qui habitait dans le village. Ils y restèrent pour la nuit. Le lendemain, ils furent déplacés au domicile de Jean Fourrage puis attendirent quelques heures. René Lemattre vint ensuite les chercher et les ramena chez lui à Amiens où ils séjournèrent jusqu’au 5 avril.

Le 5 avril, "Joe" Balfe et Benjamin Lefèbvre se présentèrent avec un groupe d’aviateurs. Des billets de train à destination de Paris leur étaient distribués. On leur expliqua qu’ils allaient être divisés en petits groupes et comment ils devaient se comporter. Ils allaient devoir suivre "Joe" à distance. Morrison et Mills apprenaient alors que Jean Fourrage* et sa mère avaient été arrêtés par la Gestapo le 2 avril à Hornoy.

*Jean Fourrage sera fusillé le 8 mai suivant dans le bois de Gentelles, près d’Amiens. Sa mère sera déportée en Allemagne.

Le train arriva en début d’après-midi à Paris. A la Gare du Nord, deux hommes et une femme se présentèrent bientôt à "Joe". L’un des nouveaux guides prit alors le relais et s’engouffra dans le métro avec un petit groupe comprenant Morrison, Mills et deux autres aviateurs américains.

Il les conduisit dans le 5e arrondissement, chez Olga Christol, rue Edouard Quenu, où ils allaient rester jusqu’au 11 avril. Les aviateurs étaient désormais pris en charge par le réseau d’évasion "Bourgogne".

Dans la soirée du 11 avril, Geneviève Soulié vint chercher les aviateurs et les guida jusqu’à la gare d’Austerlitz. Elle leur indiqua de suivre une jeune femme porteuse d’une valise (Geneviève Crosson alias "Jacqueline") puis ils prirent place à bord d’un train de nuit qui allait les mener vers la frontière espagnole.

Arrivés sans incident à Montauban le lendemain matin, ils durent patienter dans un parc de la ville avant de reprendre un train en direction de Toulouse. Pendant les trois heures d’attente, les aviateurs franchissaient avec angoisse mais finalement sans encombre les contrôles. Ils se mêlèrent à la foule puis reprirent un train à destination de Pau, au pied des montagnes pyrénéennes, où ils arrivèrent dans la soirée du 12 avril.

Les points de contrôles passés puis sortis de la gare, leur guide accompagna les évadés dans les rues de la ville. On leur indiqua ensuite de suivre une jeune fille vêtue d’un manteau blanc sur une bicyclette (Joan Moy-Thomas). Celle-ci, d’origine anglaise, mena le groupe de Morrison à travers les rues de Pau jusqu’au domicile d’une dame âgée qui les hébergea pour la nuit.

Le 13 avril, Rosemary Maeght, originaire du Massachusetts, et Joan Moy-Thomas rendirent visite aux aviateurs. Elles leur annoncèrent leur départ pour le lendemain. Mais un contre temps survenait, obligeant Morrison et son groupe à attendre.

Ils quittèrent finalement Pau le 15 avril et furent emmenés dans la région d’Oloron Sainte-Marie. Les aviateurs atteignirent une grange où ils s’installèrent dans la paille et se reposèrent. Dans la nuit du 17 au 18 avril, après avoir été rejoints par un autre groupe, deux passeurs guidèrent les évadés dans leur ascension vers la frontière espagnole. Ils marchèrent jusqu’au petit matin, atteignant une autre cabane.  

La frontière, près du Pic d’Anie, était franchie dans la nuit du 19 au 20 avril. Les guides les accompagnèrent jusqu’à un abri sur le versant espagnol. Ils leur indiquèrent de suivre un torrent en direction d’Isaba avant de les quitter. Après un peu de repos, les aviateurs reprirent leur marche en dévalant la montagne. En traversant un pont en milieu de matinée, ils furent appréhendés par la Garde Civile espagnole. Les aviateurs furent interrogés puis emmenés à Isaba où ils restèrent détenus dans une grange.

Le 21 avril, sous bonne garde, ils étaient conduits en bus jusqu’à Pampelune qu’ils atteignirent dans la soirée. Ils y furent internés pendant trois semaines. Pendant ce temps, le Consulat s’occupait de les faire libérer au plus vite.

Le 14 mai, ils étaient transférés à Alhama où ils restèrent jusqu’au 28 mai, date à laquelle ils gagnèrent Madrid puis Gibraltar.

Dans la nuit du 29 au 30 mai, un avion ramena enfin les aviateurs en Angleterre.

 

Jerry Eshuis

Le 1er janvier, Jerry Eshuis était transféré par le Dr Caillard depuis Catillon jusqu’au château de La Borde, à Sains-Morainvillers. L’imposante demeure était la propriété du Comte Jacques de Baynast dont l’épouse, Colette, n’était autre que la sœur du Général Leclerc de Hauteclocque qui combattait en Afrique.

Sans anesthésie, après avoir bu un verre d’alcool, Jerry Eshuis s’apprêtait à être opéré par le Dr Georges Debray, assisté du Dr Edmond Caillard dans l’une des chambres à l’étage. Après lui avoir mis un chiffon dans la bouche, ses hôtes maintenaient les bras et les jambes de l’aviateur pendant que les deux médecins extrayaient le fragment d’obus logé dans l’aine. La plaie nettoyée fut ensuite suturée.

Jerry Eshuis resta au château le temps de sa convalescence qui allait durer plusieurs jours. Il était nécessaire qu’il puisse se déplacer sans trop de difficultés avant de pouvoir poursuivre son évasion.

Château de La Borde
Le Château de La Borde

 

Richard M. Smith, William H. Booher, Alphonse M. Mele……..et Jerry Eshuis

A Saint Just-en-Chaussée, après une semaine passée dans la ville, les allées et venues autour de la demeure habituellement vide où logaient Smith, Booher et Mele semblaient éveiller des soupçons auprès du voisinage. Un soir, Georges Jauneau déplaça par sécurité les trois Américains vers une autre maison. Ils étaient alors accueillis par Paul Bègue et sa compagne Yvonne Fossier, récents parents d’une petite Paulette.

Très généreusement, leurs nouveaux hôtes décidèrent de confier leur unique chambre aux aviateurs tandis qu’ils iraient dormir ailleurs. Smith, Booher et Mele se partagèrent le lit à tour de rôle.

Pendant la journée, ils devaient rester discrets. Ils étaient confinés dans l’habitation mais dans la journée la présence de la famille aidait à passer le temps. Quelques lapins du clapier, finissant en civets dans les marmites, permettaient de pallier aux rationnements imposés par l’ennemi.

Le 9 janvier, "Capitaine Jacques" vint informer les trois Américains qu’ils partiraient le lendemain pour Paris.

Dans la matinée du 10 janvier, accompagné de Paul Bègue, Smith, Booher et Mele, se rendirent à pied vers un entrepôt de la ville où ils eurent la surprise de retrouver leur mitrailleur Jerry Eshuis arrivé le matin-même en provenance du château de La Borde.

Les aviateurs n’avaient pas été pourvus en faux papiers d’identité. En conséquence, avant de monter dans un véhicule, "Capitaine Jacques" donna à chacun un pistolet de calibre 9 mm qu’ils devaient utiliser si les Allemands tentaient de les arrêter.

Malgré les risques, le long trajet vers Paris se déroula sans incident. Arrivé dans la capitale, le conducteur passa un coup de téléphone. Au pied d’un immeuble, il déposa les quatre aviateurs qui lui restituèrent chacun leurs armes avant d’effectuer le voyage retour.

Smith, Booher, Mele et Eshuis furent pris en charge Mme Rose Coulon, âgée d’une soixantaine d’années, qui possédait un appartement boulevard Pereire, dans le 17e arrondissement.

Ils y firent la connaissance de Pierre de Jandin et de ses sœurs (apparentés avec Rose Coulon).

Cependant, au bout de deux jours, le manque d’espace à l’intérieur de l’appartement nécessita de déplacer deux d’entre eux. Jerry Eshuis, qui se ressentait toujours de sa blessure, et William H. Booher allaient rester sur place.

Dans la soirée du 11 janvier, Richard M. Smith et Alphonse M. Mele, furent emmenés à pied par Pierre de Jandin et autre homme parlant anglais. Après une petite heure de marche dans les rues de Paris, ils arrivèrent rue des Capucines, dans le 9e arrondissement. Les deux aviateurs furent confiés à Albert et Madeleine Poincelet, concierges de l’immeuble abritant la succursale parisienne des Canadian Pacific Railways. Le convoyeur qui parlait anglais s’avérait être apparenté au Directeur de la Compagnie ferroviaire. La famille Poincelet hébergea Smith et Mele au 5e étage de l’immeuble jusqu’au 18 janvier. Ils devaient rester discrets car des officiers allemands occupaient le 3e étage. Albert Poincelet n’hésita cependant pas à emmener occasionnellement ces hôtes au cinéma ou au théâtre même si les deux aviateurs ne comprenaient pas toujours la langue.    

De leur côté, chez Rose Coulon, Eshuis et Booher étaient en attente. De faux papiers d’identité étaient nécessaires afin de poursuivre leur évasion. Ils furent emmenés dans un "photomaton" près des Champs-Elysées. Les Américains en profitèrent pour "visiter" la capitale occupée, passant par l’Arc de Triomphe, la tour Eiffel, allant aussi au cinéma s’amusant des actualités propagandistes allemandes.

Chez les Poincelet, Smith et Mele furent interrogés. Au cours de leur séjour, ils furent pris en photo pour l’établissement de leurs faux papiers.

Le 18 janvier, "Claudette" (Marie-Rose Zerling) se présenta chez les Poincelet, expliquant à Smith qu’elle allait l’emmener. Ayant besoin d’un opérateur-radio, "Claudette" tenta de convaincre Mele de rester en France et de travailler avec elle dans l’organisation de Résistance. Bien que flatté par la proposition, Mele refusa, son désir étant avant tout de retrouver sa famille à New York.

Avant de partir, les aviateurs rencontrèrent un officier qui était à la tête de l’Organisation (Lucien Dumais). Il leur annonça qu’ils allaient rentrer en Angleterre par bateau et qu’ils seraient à Londres dans les quinze jours à venir.

Comme de nombreux autres évadés, ils allaient bénéficier de la filière d’évasion "Shelburn" créée fin 1943 par Léon Dumais et son radio Raymond Labrosse, deux agents canadiens de l’Intelligence Service appartenant au MI 9. Avec l’appui de contacts à Paris et à Plouha, en Bretagne, elle s’avérait être un moyen beaucoup plus rapide pour rapatrier les aviateurs. Lors d’opérations nocturnes, des corvettes de la 15e Flotille de la Royal Navy, leur permettraient de rallier l’Angleterre après avoir traversé la Manche en seulement quelques heures.

Ce 18 janvier, "Claudette" emmena Richard M. Smith par le métro. En chemin, ils "ramassèrent" un autre aviateur américain, le 2nd Lt Morton B. Shapiro, avant de gagner la gare Montparnasse (le 19 janvier selon Shapiro). Les aviateurs furent remis à deux guides puis prirent place dans un compartiment à bord d’un train en partance pour la Bretagne. Pour ce long trajet, consignes leur avaient été données de ne surtout pas parler, de faire semblant de dormir ou de lire un journal...

Arrivés à Saint Brieuc en fin d’après-midi, les gendarmes contrôlèrent les papiers en gare sous l’œil inquiétant de la police allemande. Les aviateurs se trouvaient désormais à l’intérieur de la zone côtière. Ils devaient maintenant emprunter le petit train départemental, souvent bondé, menant à Plouha. D’autres guides prirent le relais. A Plouha, une jeune fille de 19 ans, Marie-Thérèse Le Calvez, prit en charge Smith et Shapiro. Elle les conduisit chez elle, une maison à deux étages du bourg, où elle vivait avec sa mère.

Le 19 janvier, à Paris, Mele était conduit à son tour à la gare Montparnasse où il retrouva Booher, Eshuis et d’autres évadés. Comme Smith, ils allaient voyager jusque Saint Brieuc. Les différents points de contrôle franchis, ils empruntèrent le train départemental qui les mena à Plouha. Les aviateurs furent ensuite guidés jusqu’au hameau de la Ville-Dé, dans la ferme de la famille Monjaret.

Au fil des jours qui s’ensuivirent, 18 aviateurs alliés en attente se trouvaient répartis chez des familles d’hébergeurs disséminés autour du bourg de Plouha. Tout dépendait désormais des conditions météorologiques. En cette fin janvier, de forts vents contraires et le mauvais état de la mer obligeaient l’Amirauté à reporter l’évacuation.

Finalement, après plusieurs longs jours d’incertitude, dans la soirée du 29 janvier le message codé "Bonjour tout le monde à la maison d’Alphonse" fut diffusé puis confirmé sur les ondes de la BBC parmi une litanie d'autres messages aux termes mystérieux. Il annonçait le déclenchement de l’opération "Bonaparte" par la Royal Navy dans la nuit à venir.

C’était le signal attendu. Lors de cette nuit sans lune, les aviateurs furent alors tous convoyés furtivement par petits groupes jusqu’à la "Maison d’Alphonse", tout en évitant les patrouilles allemandes. Cette maison vacante, propriété de la famille Gicquel, se situait à 1 500 mètres de l’anse Cochat, le lieu prévu de l’embarquement.

Il était environ 23h30. Rassemblés, les aviateurs recevaient les dernières rigoureuses recommandations de la part de "Léon" (Lucien Dumais). Cette dernière partie du chemin les menant vers la Liberté nécessitait de leur part le silence le plus absolu. Ils étaient priés de vider leurs poches, de se séparer de tout papier ou objet pouvant permettre de les identifier au cas où l’affaire tournerait mal.

Le briefing terminé puis encadrés par leurs guides, les aviateurs s’enfoncèrent dans l’obscurité, en file indienne, sur le petit sentier. A travers la lande et les bosquets ils arrivèrent au bord de la falaise abrupte qui surplombait la mer. Une partie des guides ouvrit la voie. Les aviateurs les suivirent un à un et s’engagèrent dans la pente vertigineuse avant d’atteindre la plage en contrebas.

La plage Bonaparte

La plage Bonaparte et la falaise. Les aviateurs devaient la dévaler dans l'obscurité la plus totale.

La balise du TaureauIl était environ minuit. Regroupés à l’abri des rochers et dissimulés du poste allemand de la Pointe de la Tour, les évadés devaient désormais attendre patiemment l’arrivée de la corvette.

Posté à mi-falaise, l’un des guides, Job Mainguy, émettait à intervalle régulier le signal convenu en morse "B" (comme "Bonaparte"), au moyen d’une lampe-torche.

Vers 1h30, les chaloupes composées de rameurs apparurent dans la pénombre et s’échouèrent sur la plage. Après l’échange des mots de passe et le déchargement de valises contenant des armes, les aviateurs embarquèrent à bord des canots pour rejoindre la corvette ancrée auprès de la balise du Taureau.

Un mois jour pour jour après la chute de leur appareil, Smith, Booher, Mele et Eshuis débarquèrent dans le port de Dartmouth, en Angleterre.

Lors de cette Opération Bonaparte I, un total de 16 aviateurs avait retrouvé la Liberté : 13 Américains et 3 Britanniques.

Avaient également été évacués cette nuit-là, Vladimir Bouryschkine "Val Williams" qui avait dirigé l’organisation "Oaktree" et un Russe, Bogolomov. Tous deux étaient parvenus à s’évader de la prison de Rennes.        

 

 

Louis Feingold et Warren C. Tarkington

Le 1er janvier, ils quittèrent l’usine Weeks et furent emmenés à quelques pas de là, chez les Hary, une famille de boulangers qui allait les héberger jusqu’au 3 janvier.

Le soir du 3, ils retournèrent chez Jean Crouet pour la nuit.

Dans la soirée du 4 janvier, nouveau changement. Ils étaient accueillis par Georges et Hélène Rousseau où ils séjournèrent pendant deux jours.

Le 6 janvier, en fin d’après-midi, Jean Crouet revint les chercher. Les deux aviateurs le suivirent à pied et à distance dans les rues jusqu’à la sortie de la ville. Un camion les dépassa puis s’arrêta. Feingold et Tarkington s’engouffrèrent à l’intérieur. Ils apprirent alors que Smith, Booher, Mele et un quatrième aviateur de l’équipage (Eshuis) étaient saufs, que trois avaient été faits prisonniers et qu’un autre avait été tué (!!).

A la sortie de Saint Just-en-Chaussée, le camion s’arrêta auprès de deux voitures garées sur le bord de la route. Les deux aviateurs montèrent dans la seconde voiture tandis que la voiture de tête ouvrait la route. Une quinzaine de kilomètres plus loin, ils arrivèrent à Clermont. Gaston Legrand qui vivait avec Odette Sauvage et son fils Edmond, âgé de 17 ans, allaient donner asile aux deux Américains dans la maison qu’ils louaient rue du Châtellier, sur les hauteurs de la ville et à deux pas de la Kommandantur. Animée d'un profond sens patriotique, cette famille clermontoise avait déjà hébergé d'autres aviateurs américains tombés dans la région en septembre 1943. 

A leur arrivée chez Odette et Gaston, Feingold et Tarkington eurent la surprise de rencontrer un jeune bombardier de 19 ans, le 2nd Lt Edward J. Donaldson du 379th Bomb Group, hébergé depuis le 31 décembre. Son appareil avait été abattu le 30 décembre lors du même raid sur Ludwigshafen.

Edmond Sauvage et sa mère Odette, Gaston Legrand
Edmond et Odette Sauvage, Gaston Legrand
 

Par ailleurs, Odette tenait une petite crèmerie dans le centre ville et vivait avec Gaston dans l’appartement au dessus de sa boutique. Gaston, fait prisonnier lors de l’invasion allemande de 1940, était parvenu à s’évader en mars 1941 du camp de Royallieu et à se faire démobiliser. Seul Edmond restait à longueur de journées pour tenir compagnie aux aviateurs dans la petite maison de la rue du Châtellier, rejoint chaque soir par sa mère et Gaston.

Pendant leur séjour à Clermont, les aviateurs recevaient fréquemment la visite de Bernadette, une couturière âgée d’une trentaine d’années qui parlait anglais. Elle venait s’entretenir avec les aviateurs et leur fournissaitt des livres pour les aider à passer le temps.

La famille Leclercq, du village voisin de Breuil-le-Sec et amie avec les Legrand-Sauvage, venait aussi rencontrer les aviateurs. Lucien et Maurice Leclercq, ainsi que leur mère Suzanne, approvisionnaient souvent les Américains en nourriture, vêtements, chaussures et cigarettes.

Deux jours plus tard, le 8 janvier, arrivèrent chez Odette Sauvage et Gaston Legrand trois autres aviateurs américains : les 2nd Lts Glenn E. Camp Jr, Jarvis H. Cooper ainsi que le Sgt Neelan B. Parker. Donaldson retrouvait ainsi son pilote, son navigateur et l’un des mitrailleurs.

Très vite une grande complicité s’établissait avec les six jeunes américains qui étaient considérés comme les propres enfants de la famille. L’audacieuse Odette parvenait à tromper régulièrement les Allemands en détournant de la nourriture avec la complicité de son fils. Gaston, boucher de métier, se débrouillait pour trouver de la viande en partant tuer des animaux la nuit.

La situation n’était pas sans risques. Un plan d’évasion par une fenêtre à l’arrière et à travers les jardins avait été élaboré par Edmond dans le cas où les Allemands investiraient la maison. Situés à proximité de la Kommandantur, les évadés pouvaient souvent observer discrètement par une fenêtre de la façade les allées et venues de soldats allemands à pied ou à moto.

Le 20 janvier, Bernadette annonça aux aviateurs que quatre d’entre eux allaient partir le lendemain après-midi. Donaldson, Feingold et Tarkington qui séjournaient depuis le plus longtemps étaient choisis d’office. Par tirage au sort à l’aide d’un jeu de cartes, Parker eut la chance d’être le quatrième désigné. Camp et Cooper devaient donc patienter une semaine supplémentaire avant de pouvoir quitter Clermont. Sans que personne ne le sache ce jour-là, le tirage de cette simple carte scella le destin des 2nd Lts Camp et Cooper. En mai, ils furent faits prisonniers dans un train non loin de la frontière espagnole et envoyés en captivité au Stalag Luft I, en Allemagne, jusqu’à la fin de la guerre.

Ce fut finalement dans la matinée du 21 janvier que les quatre hommes prirent congé de leurs deux compagnons avec un mélange de sentiments de joie et de tristesse. Deux guides les emmenèrent à pied jusqu’à la gare tandis que Lucien Leclercq sillonnait la route et veillait à bord d’une voiture.

Arrivés en gare de Creil les aviateurs étaient divisés. Feingold et Donaldson furent hébergés par Marcel Gérardot et sa femme, rue Henri Pauquet, tandis que Tarkington et Parker allaient chez Paul Toussaint, rue Somasco, le long de la rivière Oise.

Le 22 janvier, Marcel Gérardot ramena Feingold et Donaldson à la gare de Creil où ils retrouvèrent Tarkington et Parker amenés par Mme Toussaint. Deux guides, dont Edmond Sauvage, prirent en charge les quatre aviateurs et les escortèrent par le train jusque Noailles. Ils étaient alors remis à un homme qui les conduisit en voiture à la ferme de Robert Eckert.

Ferme Eckert

La ferme de Robert Eckert à Noailles.
Une vingtaine d'aviateurs alliés y furent hébergés en 1943 et 1944. 

Cette ferme, entourée de hauts murs en pierre, était un lieu sûr habité par une famille des plus patriotes qui avait, dans un passé proche, déjà hébergé d’autres aviateurs alliés. Pour limiter les risques, les deux petites filles de la maison, âgées de 10 ans et 7 ans, n'allaient plus à l’école afin d’éviter d’éventuels "bavardages". Feingold, Tarkington, Donaldson et Parker furnt hébergés jusqu’au 24 janvier chez les Eckert. Au cours de ce séjour, Tarkington souffrit de douleurs abdominales mais aucun docteur ne se présenta.

Dans la soirée du 24 janvier, Gilbert Thibault, huissier et créateur de la filière d’évasion "Alsace", arriva à Noailles dans un camion, accompagné d’un charbonnier. Ils emmenèrent les quatre aviateurs à Auneuil, au domicile de Gilbert Thibault.

Dans la soirée un médecin vint soigner Tarkington. Tandis que Feingold et Tarkington étaient hébergés par Gilbert Thibault, un voisin forgeron, prit en charge Donaldson et Parker.

Gilbert Thibault Gilbert Thibault s’occupa d’établir de fausses cartes d’identité. Donaldson, dont les photos n'étaient pas conformes, fut même emmené à Beauvais chez un photographe connu de Thibault.

Le 26 janvier, un aviateur américain, Ray P. Reeves, était amené par le charbonnier. Durant leur séjour, le coiffeur, Hilaire Lemaire, vint couper les cheveux de tous les évadés.

Dans la matinée du 27 janvier, Gilbert Thibault et Hilaire Lemaire emmenèrent les cinq aviateurs à la gare de Chaumont-en-Vexin où ils prirent un train en partance pour Paris. Arrivés à la gare Saint-Lazare, ils descendirent dans le métro et furent conduits chez Marguerite Schmitz, rue Rochechouart, dans le 9e arrondissement. Cette femme, âgée de 55 ans, hébergeait déjà deux autres aviateurs. L’un, Richard W. Aitken-Quack, était un pilote de chasse de la Royal Air Force, l’autre, "Olaf" Hanson, dit "Fred", soi-disant Norvégien, prétendait être membre d’un équipage de Forteresse volante. Très vite les affirmations contradictoires de ce dernier le rendirent suspicieux. Les aviateurs prirent conscience, par certaines de ses aberrations, qu’il était probablement un imposteur. Ils en référèrent à Gilbert Thibault et à Marguerite Schmitz. Après le repas "Claudette" (Marie-Rose Zerling) arriva à l’appartement et déplaça Parker et Donaldson chez la Comtesse Bertranne d’Hespel, rue Maspéro, dans le 16e arrondissement. Revenue un peu plus tard dans la soirée, "Claudette" emmena Feingold et Tarkington. Sortis de la station de métro Pasteur, elle les accompagna chez Mme Kocéra-Massenet, rue Ernest Renan, dans le 15e arrondissement, où ils allaient rester quatre semaines. "Claudette" leur annonça qu’elle avait précédemment organisée l’évasion de leurs compagnons Smith et Booher et promit de leur rendre visite dans les jours qui suivaient. Chez leurs hôtes, Feingold et Tarkington firent la connaissance de Jean Kocéra, fils de la propriétaire, et de son ami Raymond Mauret qui appartenaient également à l’Organisation.

Comme convenu, "Claudette" qui parlait parfaitement anglais, vint leur rendre visite régulièrement, leur apportant des rasoirs, des cigarettes etc… Ils la rencontrèrent pour la dernière fois le 3 février… De longues journées se succèdaient. Les deux aviateurs attendaient patiemment la date de leur prochain transfert.

Le 16 février, Feingold et Tarkington reçurent la visite de Marcel Cola. Il se présenta comme étant désormais leur nouveau contact et les interrogea. Il leur annonça les arrestations de "Claudette" et de Mme Schmitz par la Gestapo*.

* Dans la nuit du 4 au 5 février 1944, une dizaine de soldats et de civils se présentèrent chez Marguerite Schmitz armés de pistolets et de mitraillettes. Police allemande ! Immédiatement son appartement fut fouillé. L’aviateur anglais Richard W. Aitken-Quack et "Olaf" étaient capturés. Tous étaient ensuite emmenés en voiture au 101 rue Henri-Martin, dans les locaux de la bande de Christian Masuy à la solde des Allemands. Harcelées de questions pour tenter de découvrir les ramifications du réseau, Mme Schmitz fut torturée, passée à la baignoire, ne livrant que quelques détails sans importance. Condamnée à mort fin avril 1944, elle échappa à la déportation et fut incarcérée à la prison de Fresnes jusqu’à la Libération.

"Claudette" (Marie-Rose Zerling) fut arrêtée dans l’après-midi du 5 février alors qu’elle se rendait chez Mme Schmitz. L’appartement avait été transformé en souricière. Porteuse d’une importante somme d’argent et de documents compromettants, "Claudette" fut également interrogée à maintes reprises, torturée et emprisonnée. Condamnée à mort, elle fut déportée en août 1944 au camp de concentration de Ravensbrück. Ses parents furent également arrêtés et déportés. Seul son père n’en reviendra pas.

Le lundi 21 février, Marcel Cola vint de nouveau rencontrer les deux aviateurs afin de les prendre en photos. Il les avisa qu’ils allaient probablement quitter Paris dans le courant de la semaine et poursuivre leur évasion en direction de la côte.

Le 23 février, Jean Kocéra et Raymond Mauret rendirent visite à Feingold et Tarkington les prévenant qu’ils allaient partir le lendemain. En effet, dans la soirée du 24 février, Jean Kocéra emmena à pied les deux aviateurs à la gare Montparnasse. Ils y retrouvèrent Raymond Mauret qui avait amené deux autres aviateurs américains : les Sgts Olynik et Quinn. Tous s’installèrent dans un compartiment réservé à bord d’un train de nuit à destination de la Bretagne.

Depuis peu, le petit train départemental au départ de Saint-Brieuc avait été supprimé par les Allemands. Le 25 janvier, vers 9 heures, les aviateurs et leurs deux guides descendirent donc en gare de Guingamp. Jean Kocera leur donna à chacun un journal plié pour les rendre facilement repérables par leurs nouveaux guides au milieu des voyageurs. Le groupe fut bientôt abordé par une jeune fille et un homme tandis que Raymond Mauret et Jean Kocéra repartaient. Olynik et Quinn suivirent la jeune fille tandis que Feingold et Tarkington étaient emmenés par l’homme qui les laissa dans une maison en face de la gare. Une heure plus tard, la jeune fille et le guide revinrent et conduisirent les deux aviateurs rue du Grand Trotrieux, chez Louise Chareton, où ils retrouvèrent Olynik et Quinn.

Au cours de l’après-midi, un homme vint les rencontrer et ils furent interrogés.

Vers 20 heures, un jeune guide arriva et les conduisit discrètement dans l’obscurité rue du Vally où se trouvait le garage de François Kérambrun. Les quatre aviateurs embarquèrent sous la bâche arrière d’un petit camion à gazogène. Ils furent bientôt rejoints par d’autres puis le véhicule quitta Guingamp. Au fil de plusieurs arrêts dans la campagne environnante, il ramassa d’autres évadés qui s’entassaient à l’arrière. Ce soir-là, 17 aviateurs furent ainsi emmenés vers la côte. Arrivés aux abords de Plouha, au premier contact avec le groupe local de Résistance, neuf d’entre eux descendirent puis un peu plus loin les huit autres, dont Feingold et Tarkington. Ces derniers passèrent le restant de la nuit cachés dans la grange d’une petite ferme ( très probablement la ferme de la famille Monjaret) où tout avait été préparé pour les accueillir.

La journée du 26 février se passa dans l’attente. Dans la soirée, le message "Bonjour tout le monde à la maison d’Alphonse" fut diffusé par la BBC et perçu malgré le brouillage. La seconde opération d’embarquement était prévue dans la nuit. A 21h45, deux hommes vinrent collecter les huit aviateurs et les emmenèrent dans l’obscurité à la "Maison d’Alphonse", dernière étape de leur périple avant de rejoindre l’Angleterre. Ils y retrouvèrent les neufs autres évadés. Se trouvait présent "Léon" (Lucien Dumais) le chef canadien de la mission Shelburn. Il leur donna toutes les instructions sur la façon de se rendre à la plage et leur dit que le bateau arriverait entre 2h et 3h du matin. Comme lors de l’opération précédente, "Léon" leur demanda de se séparer de leur argent et de leurs faux-papiers.

Vers 23h45, en file indienne et dans l’obscurité la plus totale, les aviateurs suivirent leurs guides, se tenant la main à travers les prairies et les petits chemins menant vers la mer. Après la descente de la falaise abrupte, ils se regroupèrent et se reposèrent en attendant l’arrivée de la corvette. La mer était haute cette nuit-là. Après 40 minutes d’attente, les chaloupes vinrent s’échouer sur le rivage. Après l’échange des mots de passe convenus, étaient débarqués deux agents du réseau "Bourgogne" ainsi que des valises contenant des armes et de l’argent.

La plage Bonaparte

La plage Bonaparte
Lors de cette nuit noire et froide de février, c'est l'attente de l'arrivée de la corvette et des chaloupes. 

         

Feingold et Tarkington et les 15 autres aviateurs montèrent à leur tour dans chacune des embarcations puis les rameurs les emmenèrent silencieusement vers la corvette ancrée au large.

L'Opération Bonaparte II de la nuit du 26 au 27 février 1944 permit l’exfiltration vers l’Angleterre de 16 aviateurs de l’US Army Air Force et d’un aviateur de la Royal Air Force (le pilote belge Léon Harmel).

    

Edward J. Donaldson et Neelan B. Parker, compagnons d’évasion de Feingold et Tarkington depuis le département de l’Oise jusque Paris, bénéficièrent, comme 22 autres aviateurs, de l’Opération Bonaparte III menée dans la nuit du 16 au 17 mars 1944.

 

Tous les aviateurs gagnèrent ensuite Londres où ils furent interrogés par les officiers britanniques et américains des Services de l’Intelligence sur les circonstances et l’aide procurée tout au long de leur évasion. Après quelques jours ou quelques semaines, ils regagnèrent les Etats-Unis et retrouvèrent avec joie leurs familles qui étaient restées si longtemps sans nouvelle.

 

CarteOise 
Les différents lieux d'hébergements des aviateurs du "Destiny's Tot" dans le département de l'Oise.

 

CarteFrance
En rouge : route suivie par Smith, Booher, Mele, Eshuis, Feingold et Tarkington
En vert : celle suivie par Morrison

 

L’après-guerre

Le pilote Richard M. Smith fut démobilisé de l’USAAF en juin 1945. Il poursuivit un temps sa carrière au sein de la compagnie aérienne Eastern Airlines avant de revenir s’établir définitivement dans le Minnesota. Il changea de métier et travailla dans l’agriculture.

Lors de plusieurs voyages en France, il eut l’occasion de rencontrer ses sauveteurs, aussi bien à Plouha que dans l'Oise, afin de les remercier personnellement.

Richard M. SMITH et la famille BEGUE  SMITH, BOOHER, FEINGOLD et ONESI en 1997  
  Richard M Smith et la famille Bègue        Richard M. Smith, William H. Booher, Louis Feingold et Anthony Onesi
                                                                     lors d'une réunion de l'AFEES en 1997.  

En mai 1996, il devint Président de l’Air Force Escape & Evasion Society (AFEES) qui permet depuis sa création de renouer les contacts entre les aviateurs eux-mêmes et leurs sauveteurs.

Richard M Smith est décédé le 29 mars 2013.

 

Le copilote William H. Booher trouva un emploi de pilote dans la Consolidated Can Corporation. Il eut plusieurs fois l’occasion de revoir ses compagnons d’équipage, notamment Thomas G. O’Hearn, dans le New Hampshire, et Robert F. Adams dans l’Ohio.

Il est décédé le 4 septembre 2007.

 

Louis Feingold travailla avec son père dans la confection de vêtements à New York City. Au cours d’un voyage en France, il put revoir une partie de ses sauveteurs à l’occasion d’une rencontre organisée par l’AFEES à Chantilly en 1975.

Louis Feingold est décédé le 25 octobre 2008.

Robert ECKERT, Louis FEINGOLD et Gaston LEGRAND
Emouvantes retrouvailles à Chantilly (Oise) en 1975
Robert Eckert, Louis Feingold et Gaston Legrand.
                            

Warren C. Tarkington continua sa carrière dans l’Air Force où il prit sa retraite avec le grade de Major. Il n’est jamais revenu en France mais put rencontrer l’un de ses sauveteurs, Jean Crouet, lorsque celui-ci effectua un voyage à Chicago en 1948.

Warren C. Tarkington est décédé le 17 décembre 1964.

 

Alphonse M. Mele partit s’établir en Floride où il ouvrit un restaurant italien qu’il géra avec son épouse. Il est décédé en mai 1982.

 

De retour au Etats-Unis, Jerry Eshuis fut transféré dans un équipage de B-29 Superfortress et effectua 21 autres missions sur le théâtre d’opérations du Pacifique. Après sa démobilisation, il travailla dans le domaine agricole.

Bien après la guerre, faisant suite à une cérémonie commémorative à Plouha, Jerry Eshuis revint dans l’Oise pour rendre visite à ses sauveteurs. Au château de La Borde, il put revoir la famille de Baynast sur le lieu-même où il fut opéré le 1er janvier 1944.

La rencontre à Catillon avec Gervais Gorge qui lui vint en aide très peu de temps après son atterrissage fut également un moment très spécial. Gervais Gorge avait conservé depuis la guerre quelques effets ayant appartenu à l’aviateur.

Jerry Eshuis est décédé le 17 octobre 1995.

 

Après 18 mois de captivité passés au Stalag Luft VI puis au Stalag Luft IV, Anthony Onesi fut rapatrié au Etats-Unis. Il se spécialisa dans les équipements électroniques des systèmes d’atterrissage pour les aéroports au sein de la FAA (Administration Fédérale de l’Aviation).

Il est décédé le 2 avril 2012.                                                               

 

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