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18 août 1944

 

Squadron Leader Eugeniusz HORBACZEWSKI

 

P-51 "Mustang III" # PK-K

Fighter Squadron 315 de la Polish Air Force

 

Velennes (Oise)

 

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Eugeniusz Horbaczewski était né le 28 septembre 1917 à Kiev (désormais en Ukraine) de parents polonais.

Attiré par l’Aviation, il obtint en 1935 son brevet de pilote de planeur sur le terrain d’Ustianowa avant de poursuivre, en 1936, ses études secondaires à Brzesc (aujourd’hui Brest-Litovsk, en Biélorussie).

En 1937, à Bielsko-Aleksandrowice, il débuta son apprentissage de pilote d’avion à moteur.

En janvier 1938, il rejoignit l’Ecole des Cadets des Forces Aériennes Polonaises de Deblin.

Le 1er septembre 1939, il obtint son brevet de pilote de chasse de l’Armée de l’Air polonaise, le jour même où l’Armée allemande envahissait son pays sans déclaration de guerre. Bien que débutant, il effectua entre le 9 et le 11 septembre, 3 missions de reconnaissance au cours de la Bataille de Pologne.

La rapide défaite de l’Armée polonaise face à l’envahisseur allemand fit naître chez lui un profond sentiment de revanche. Le 17 septembre, sans déclaration de guerre, l’Armée soviétique entrait, à son tour, en Pologne. Fin octobre, après bien des difficultés et comme bon nombre d’aviateurs polonais, il parvint à gagner la Roumanie puis, via la Yougoslavie et la Grèce, il rejoignit la France et la base de Bordeaux-Mérignac.

Le 10 mai 1940, la Wehrmacht attaquait à l’Ouest. Six semaines plus tard, la défaite était consommée sur le sol français. Le 22 juin, l’armistice était signé dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne.

Le 24 juin, le S/Lt Horbaczewski parvint in extremis, avec de nombreux compatriotes, à embarquer à bord d’un navire, depuis le port de Saint Jean-de-Luz, à destination de Liverpool, en Angleterre, afin de poursuivre la lutte.  

Au cours de l’été 1940, il était intégré dans la Royal Air Force et rejoignit l’école de pilotage de Bristol pour y suivre un entrainement accéléré sur le matériel britannique.

Le 15 juillet 1941, il était transféré pendant quelques jours à la 18 OTU spécialisée dans l’entrainement des pilotes de bombardiers avant d’intégrer la 58 OTU qui formait les pilotes de chasse sur le fameux Spitfire.

A la fin août 1941, Eugeniusz Horbaczewski fut affecté au Squadron polonais 303 “Kościuszko”, intégré dans la Royal Air Force. Au sein de ce Squadron débutèrent ses missions de guerre au dessus de la Manche face à une Luftwaffe alors à son zénith. A bord de son Spitfire Mk V, il enregistra sa première victoire homologuée le 4 avril 1942 en abattant un Focke-Wulf 190 au dessus du Pas-de-Calais. Il obtint sa deuxième victoire le 16 avril puis une troisième le 19 août lors de l’opération Jubilee à Dieppe. Il se révéla alors un pilote doué.

A partir du 10 septembre 1942, il rejoignit le Squadron 302 “Poznański”. Les combats aériens étaient usants. A cette période, il avait déjà effectué 65 missions de guerre. Mis au repos, il retourna le 3 décembre 1942 à la 58 OTU, cette fois en tant qu’instructeur, avec le grade de Flying Officer.

Au début de l’année 1943, il se porta volontaire pour aller combattre l’Afrikakorps. En Tunisie, il forma, avec d’autres pilotes polonais, le fameux “Skalski Circus”. Volontaire certes mais retenu après une sélection drastique de 16 pilotes.

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Polish Fighting Team en Tunisie - Eugeniusz Horbaczewski est assis à gauche

Au sein du “Polish Fighting Team” sous le commandement du S/Ldr Stanislaw Skalski, le talent de chasseur d’Eugeniusz Horbaczewski éclata littéralement. En moins de deux mois (du 18 mars au 12 mai), les intrépides pilotes polonais, à bord de leurs Spitfire Mk IX, créèrent la sensation auprès du haut-commandement allié en détruisant 25 appareils de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica italienne + 3 probables. Le lieutenant Horbaczewski fut le pilote le plus performant du “Cirque Skalski” avec 5 victoires : quatre Messerschmitt-109 et un bimoteur Junkers 88 tombèrent sous le feu de ses mitrailleuses en 41 missions de guerre. Depuis le début du conflit, il totalisait 8 victoires homologuées. En haut-lieu, sa vista était remarquée.

Après la dissolution du “Polish Fighting Team”, Eugeniusz Horbaczewski demeura sur le front méditerranéen tandis que la plupart des autres pilotes rejoignirent la Grande Bretagne.

L’Afrique du Nord libérée, il quitta la Tunisie pour Malte. Il intégra d’abord le Squadron 601 de la Royal Air Force puis rejoignit le 6 juillet 1943 le Squadron 43 de la Desert Air Force dont il prit le commandement le 9 août. Dans le ciel de Sicile et du sud de l’Italie il abattit de nouveau trois appareils ennemis.

Le 20 octobre, il fut finalement rappelé en Grande Bretagne où se préparait, sous le sceau du secret, l’invasion alliée du continent, quelque part entre le nord de la Bretagne et le littoral belge.

A la fin de l’année 1943, Eugeniusz Horbaczewski comptait11 victoires + 1 victoire probable + 1 avion ennemi endommagé.

Courant janvier 1944, il fut affecté sur la base de Northolt pour sa conversion sur un nouvel appareil, le North American Mustang III.

Le 15 février, il prit le commandement du Squadron 315 “Debliński” au sein de la 2e Tactical Air Force, de création récente, pour les besoins exclusifs du futur débarquement. Il fut promu officiellement Squadron Leader.

Sqn 315

Le 20 février, à la tête de son Squadron, débutèrent ses missions. 57 autres allaient se succéder au dessus de la France, du nord de l’Europe, jusqu’en Norvège, menant de périlleuses attaques à basse altitude sur des gares de triage, des installations portuaires et autres places fortes nazies, toutes hérissées de la redoutable Flak : défense contre avions très dense.

Brenzett. Picture taken after this flight. From left FLt Przymienski IO FO Swistun SLdr Horbaczewski FO Nowosielski FLt Cwynar WO Jankowski and WO Bedkowski . Missing on a
Brenzett - juillet 1944 - Retour de mission
De gauche à droite :

F/Lt Przymienski, F/O Swistun, S/Ldr Horbaczewski, F/O Nowosielski, F/Lt Cwynar, W/O Jankowski and W/O Bedkowski .

Après le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944, une autre tâche ardue s’ajouta aux aviateurs du Squadron 315 : chasser dans le ciel anglais les V1, bombes volantes nazies très meurtrières, qui terrorisaient et tentaient de démoraliser les populations civiles. Le S/Ldr Horbaczewski s’en adjugea quatre.

La bataille de Normandie faisait rage. Le 22 juin, au cours d’une virulente attaque au sol de positions allemandes dans le port de Cherbourg, le Squadron Leader Horbaczewski aperçut le Mustang III du Sgt Tamowicz, sérieusement touché par la Flak. Le pilote fut contraint d’effectuer, au plus vite, un atterrissage forcé entre les lignes ennemies et américaines, dans un secteur marécageux de la péninsule du Cotentin. Eugeniusz Horbaczewski, qui avait observé la scène, cercla au-dessus de son compagnon d’escadrille. Bien que blessé aux jambes, le Sgt Tamowicz parvint à s’extraire de son appareil, indiquant à son Leader qu’il était sauf.

Avec l’esprit de décision qui l’animait en permanence, Eugeniusz Horbaczewski posa son appareil sur le terrain d’Azéville à peine aménagé par l’Armée américaine. Empruntant immédiatement une Jeep, il se dirigea vers le secteur où l’appareil de son équipier s’était abîmé.

Pendant ce temps, le Mustang du Sgt Tamowicz s’enfonçait de plus en plus dans la vase. A sa grande surprise, le pilote aperçut soudain Eugeniusz Horbaczewski venir le secourir. Pataugeant dans le marais, les deux hommes parvinrent à rejoindre la Jeep puis les lignes alliées et enfin l’appareil d’Horbaczewski. Bien que prévu pour un seul homme, Tamowicz prit alors place dans le cockpit du Mustang avant que son Squadron Leader s’asseye sur les genoux de son compagnon gémissant.

Rejoignant l’extrémité de la piste, l’appareil décolla plein gaz en direction de l’Angleterre sous les hourras des soldats américains qui avaient assisté à la scène.

Après avoir atterri à Coolham, Horbaczewski et Tamowicz furent, cette fois, acclamés par le personnel de leur propre Squadron, stupéfait de voir deux hommes s’extraire du cockpit du Mustang. Le Sgt Tamowicz fut rapidement transféré dans un hôpital et soigné.

Ceux qui assistèrent à cette scène se sont toujours souvenus de l’action héroïque et du panache d’Eugeniusz Horbaczewski. Ce sauvetage peu commun est resté dans les annales de la Royal Air Force.

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Au cours de l’été 1944, les pilotes polonais du Squadron 315 effectuaient également des missions d’escorte de bombardiers vers les lointains ports de Norvège. Le S/Ldr Eugeniusz Horbaczewski, surnommé “Dziubek”, remplissait pleinement son rôle, conseillant la prudence aux néophytes impétueux qui étaient là pour apprendre. Ces raids s’avéraient souvent difficiles. Sur ces objectifs, la Flak était plus que dense. Le retour était long avec parfois certains appareils endommagés.

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Fin juillet, son palmarès s’était encore étoffé, totalisant à ce moment 14 victoires (dont 1 partagée).

Vendredi 18 août 1944, la mission “Rodeo 385” était décidée par le Fighter Command. Pour les pilotes du Squadron 315, ordre leur était donné de patrouiller dans le triangle formé par les cités de Boulogne-sur-Mer, Le Havre et Paris et d’y détruire toute cible au sol comme dans les airs.

Le S/Ldr Horbaczewski souffrait depuis plusieurs jours d’une forte bronchite avec fièvre mais passa outre l’avis médical qui tentait de le dissuader de voler. Horbaczewski avait, cette fois, le pressentiment qu’en cas d’affrontement avec l’ennemi, il n’en reviendrait pas. Il décida cependant d’effectuer la mission prévue.

Sur la base de Brenzett, 12 “Mustang III” du Squadron 315 décollèrent aux environs de 7h15 puis mirent le cap en direction de la Manche : code-radio “Central” !

Un passage et une éventuelle attaque du terrain d’aviation d’Abbeville-Drucat étaient prévus mais la base semblait déserte… Les pilotes polonais prirent alors la direction de Beauvais-Tillé, un aérodrome dangereux, au-dessus duquel, par le passé, la Royal Air Force avait subi des pertes.

Au moins trois dizaines d’avions ennemis se présentèrent à eux… Bien que le silence radio était rompu, les pilotes du Squadron 315 n’entendirent pas comme d’habitude leur Leader leur donner les dernières directives, les conseiller et les orienter dans le combat… Ces appareils étaient des Focke-Wulf 190 A8 de la JG 26. D’autres étaient aperçus en train de décoller, à quelques secondes d’intervalle, tout en faisant onduler l’herbe de l’aérodrome.

La mauvaise surprise fut totale pour les aviateurs allemands. Ayant largué leurs réservoirs supplémentaires, les Polonais surgissaient du soleil, fondaient sur l’ennemi et le prirent littéralement à la gorge… Bien que fiévreux, grippé et avec de surcroît une radio en panne, leur leader menait son Squadron de main de maître avec ses onze équipiers faisant corps. Du côté allemand, une débandade inhabituelle gagna les escadrilles au décollage ou déjà en l’air. Eugeniusz Horbaczewski abattit, coup sur coup, deux Focke-Wulf 190.

Après un renversement violent, un autre Focke-Wulf se présenta dans son collimateur et tomba rapidement en flammes. Un quatrième fut sérieusement atteint. Le combat aérien faisait rage. Les aviateurs polonais firent des ravages puis brusquement le combat cessa.    

Très vite les pilotes du Squadron 315 s’aperçurent de l’absence de leur Squadron Leader. Tous l’avaient vu abattre trois appareils ennemis mais personne, dans les attaques suivantes, ne l’avait vu disparaître. Ils revinrent survoler les lieux sans rien observer le concernant. Le cœur gros, les pilotes polonais se regroupèrent puis regagnèrent l’Angleterre. Les seize Focke-Wulf 190 revendiqués comme détruits n’atténuèrent pas leur immense tristesse.

A Velennes, petit village situé à proximité de la base de Beauvais-Tillé, trois jeunes garçons, Daniel Loncke 14 ans, Constant Loncke 7 ans, se trouvaient devant le portail de la ferme familiale en compagnie de leur copain Michel Lasne 8 ans. Habitués aux combats aériens se déroulant au-dessus de leurs têtes, ils observèrent celui de cette matinée du 18 août assez distraitement malgré son ampleur. Soudain, les gamins entendirent un moteur d’avion faisant un sifflement anormal. Derrière un rideau d’arbres, un énorme bruit sourd était perçu, suivi d’un gigantesque nuage de fumée noire montant haut vers le ciel… Aucune explosion ! Dans les minutes suivantes, les enfants apprirent qu’un appareil du combat aérien, parti en piqué, s’était fiché profondément dans la terre meuble d’un champ. L’appareil était brisé en deux parties. Le moteur était totalement enfoui, comme disparu. Le fuselage était cassé au niveau du cockpit, presque intact, laissant apparaitre la cocarde britannique.

Velennes - Lieu du crash

Le site du crash à Velennes

Vers 9h30, la fumée cessa de s’échapper de l’épave mais personne n’osait encore trop s’approcher de l’appareil allié. Le cockpit paraissant vide, la majorité des témoins, tout comme les Allemands, pensaient que le pilote avait dû sauter en parachute. Des “rampants” de la Luftwaffe récupérèrent les mitrailleuses dans les ailes détachées du fuselage.

A l’approche de la soirée, sur le lieu du crash, la plaine de Velennes retrouva le calme après l’effervescence dramatique commencée tôt le matin. Après 16h30, plus aucun villageois ne déambulait, plus aucun soldat allemand ne s’affairait autour de l’avion.

C’est à ce moment qu’apparurent sur le lieu du sinistre cinq enfants d’une dizaine d’années, comme un symbole ami. Michel Lasne, accompagné de son frère et de ses sœurs, déposèrent un gros bouquet de dahlias près de l’épave de l’appareil sans pilote… puis partirent rapidement.

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Velennes, octobre 2017 - Michel Lasne et Constant Loncke sur le lieu du crash. 

Pour les deux copains, le drame du 18 août 1944 demeure un souvenir indélébile.

En cette fin août 1944, la Libération était imminente. Tout le monde oublia l’avion. L’heure était à la joie d’être bientôt libéré. L’Armée britannique étant aux portes de Beauvais, les Allemands firent sauter leurs installations à Beauvais-Tillé avant d’évacuer. La fin de quatre années de misère approchait.

En octobre, l’agriculteur propriétaire du champ attela ses chevaux et leur fit tirer l’arrière du fuselage avant de reboucher le trou contenant le moteur. Il put ensuite cultiver de nouveau.

A l’orée de l’année 1946, les camps de prisonniers situés en Allemagne se vidèrent mais il n’y avait toujours aucune trace du Squadron Leader Eugeniusz Horbaczewski.

Fin 1946, une Commission de recherche des aviateurs disparus de la Royal Air Force, en coopération avec la Croix-Rouge française, effectua des recherches dans le secteur de Beauvais-Tillé.

Au début de l’année 1947, les restes identifiés de l’officier polonais étaient finalement retrouvés sur le lieu du crash à Velennes. Dans l’extrême violence du choc, le corps du pilote s’était glissé sous le moteur de son appareil demeuré en terre. Sa dépouille fut ensuite inhumée à Creil où il repose depuis ce temps auprès de 54 autres aviateurs de la Royal Air Force tombés dans le bassin creillois, et pour la plupart, au cours de la terrible année 1944.

Tombe d'Eugeniusz Horbaczewski à Creil - mars 2018

Sa tombe dans le cimetière de Creil (Oise)

Troisième plus grand As de l’Aviation de chasse polonaise de la Seconde Guerre mondiale, le S/Ldr Horbaczewski totalisait 250 missions de guerre pendant lesquelles il obtint 16 victoires homologuées + 1 victoire partagée + 1 victoire probable + 1 appareil ennemi endommagé ainsi que 4 bombes volantes V1 abattues.

Il est titulaire des plus hautes décorations britanniques et polonaises.

Distinguished Service Order (DSO) – britannique

Distinguished Flying Cross + bar (DFC) – britannique

Virtuti Militari (2 en argent + 1 en or à titre posthume) – polonaise

Croix de la Valeur Militaire + 3 palmes (4 fois) – polonaise

 

Le 23 juin 2018, une stèle en hommage au Squadron Leader Eugeniusz Horbaczewski a été dévoilée dans le village de Velennes (Oise).

 

 

 

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