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  • B-17G-85-VE 44-8846 - F-AZDX - (FTV)

 

20 juin 1944

 

2nd Lt Heyward C. SPINKS

 

P-51B “Mustang” # 43-6935

Hurry Home Honey

 

357th Fighter Group

364th Fighter Squadron

8th Air Force

 

Eve (Oise)

 

 

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Article rédigé avec la participation de Roger “Titou” Folliot

 

Secourir un aviateur allié dans la France occupée, c’était retrouver celui-ci avant que l’Armée allemande puisse le capturer, parvenir à le ramener en lieu sûr et le conduire vers les Pyrénées ou vers les côtes de la Manche puis la Grande Bretagne où son expérience pourrait être mise à nouveau au service de la cause des Alliés.

Le fait du sauvetage du pilote américain, le 2nd Lt Heyward C. Spinks, bien qu’heureusement écourté par l’avancée des troupes alliées en France en août 1944, illustre les premières étapes d’un sauvetage. Il peut désormais être décrit d’une façon plus complète grâce d’une part aux archives américaines et d’autre part au nouveau témoignage de l’un des acteurs français initiaux.

“Titou” avait 18 ans en 1944. 72 ans après, il est l’un des rares à pouvoir encore nous transmettre un témoignage direct et d’autant plus précieux.

Heyward C. Spinks était né le 10 juillet 1920 et résidait à LaGrange, en Géorgie. Après son engagement le 3 septembre 1942, il débuta une formation de pilote de chasse puis intégra le 357th Fighter Group, 364th Fighter Squadron de la 8th Air Force, basé à proximité de Leiston, Suffolk, en Angleterre. Il volait sur North American P-51B  “Mustang”, un appareil réputé rapide, maniable et de grande qualité.

Heyward C. SPINKS

2nd Lt Heyward C. Spinks

Deux semaines après le Débarquement de Normandie, la bataille faisait rage. Les Allemands tentaient d’acheminer leurs renforts vers le front normand, par la route et le rail.

L’Aviation alliée était très active. Le 20 juin 1944, vers 17h00, l’escadrille du 2nd Lt Spinks, menée par le Capitaine Charles D. Sumner Jr, décollait de la base de Leiston, pour une mission de mitraillage au sol dans le nord-ouest de la France.

P51

Le Mustang C5-T du 2nd Lt Spinks au 3e plan

Le Mustang C5-T du 2nd Lt Spinks mitrailla deux trains. A 18h30, le Capitaine Sumner remarqua une fuite du liquide de refroidissement jaillissant du moteur du "Hurry Home Honey" du 2nd Lt Spinks. Il appela ce dernier par radio, lui demandant de contrôler la température et la pression de l’huile ainsi que le liquide de refroidissement de son moteur. Le 2nd Lt Heyward C. Spinks lui répondit que tout lui semblait OK. Cependant, le Capitaine vit l’appareil du 2nd Lt Spinks perdre progressivement de l’altitude, son hélice ralentir sa rotation puis presque s’arrêter et finalement faire un atterrissage forcé dans un champ cultivé. Il lui sembla que le pilote n’était pas blessé. (Le 2nd Lt Spinks relata plus tard qu’il n’avait pas eu le temps de sauter en parachute et qu’il avait effectué le plus bel atterrissage de sa carrière !)

Le Capitaine Sumner Jr s’éloigna rapidement pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi sur le site. Il s’avéra plus tard que le “Mustang” avait été touché par des balles tirées par son propre ailier.

Pour la suite des événements qui se déroulèrent au sol, pour être au plus près de la vérité afin de rendre hommage au 2nd Lt Heyward C. Spinks et à ceux qui l’ont recueilli, nous pensons convenable de présenter un extrait de son rapport d’évasion remis à sa hiérarchie après son retour en Angleterre.

“…Des Français arrivèrent et m’aidèrent à mettre le feu aux réservoirs d’essence et à détruire mon avion…”

Environ 10 Français se rassemblèrent immédiatement et m’ont emmené dans une ferme à Eve où on m’a donné des vêtements d’agriculteur. De là, on m’a emmené vers une autre ferme plus éloignée de la ville, possédée par une famille polonaise composée d’un fermier, de sa femme, de deux fils et d’une fille. Ils vivaient en France depuis la dernière guerre. Le prénom du fermier était ‘Alonso’. Ils étaient très pauvres mais ils ont pris grand soin de moi”.

RogerFolliot

Il s'agit en fait d'Antoine Kmiecik, ouvrier agricole d'origine polonaise.

Roger Folliot :

“La nouvelle de l’atterrissage forcé d’un ‘Mustang’ avec son pilote indemne parvint rapidement au groupe FNLLI (Front National pour la Libération et l’Indépendance de la France) de Senlis dirigé par André Decatoire. Au même moment, Roger ‘Titou’ Folliot, membre du groupe de commandement de Georges Fleury, alias ‘Carrière’, basé à Clermont, se trouvait chez ses parents à Senlis. Georges Fleury était le chef du secteur Centre-Oise du mouvement gaulliste O.C.M. (Organisation Civile et Militaire), en rapport direct avec le Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA) de la France Libre. Il avait de bons rapports avec le groupe Decatoire à qui il avait d’ailleurs fourni des armes. Averti par ce groupe de l’atterrissage du ‘Mustang’, je me suis proposé pour effectuer avec Jules Fossiez, chef de la police de Senlis, le transfert de l’aviateur américain vers un lieu sûr de la ville”.

Le moyen était simple : utiliser la bicyclette pour aller à Eve, à 17 kms, et en revenir avec le pilote sur un troisième engin emmené à l’aller, exercice quelque peu délicat mais réalisable”.

“Titou” possédait deux bicyclettes dont une de course avec un guidon étroit très adapté. Il avait, en outre, une certaine expérience des opérations “aériennes” acquise avec le groupe de Clermont (atterrissage nocturne de petits avions anglais avec passagers, réception de passagers parachutés et réception de containers d’armes). De plus il parlait un peu anglais. C’est donc la petite équipe Fossiez-Folliot qui réalisa l’opération : retrouver l’aviateur et effectuer le trajet d’Eve à Senlis.

Au contact de l’aviateur, “Titou”, apprenant que le 2nd Lt Spinks résidait dans l’Etat de Géorgie, engagea une discussion sur le livre “Autant en emporte le vent” en vue de détendre l’atmosphère.          

“Titou” connaissait bien la région. Quelques années auparavant, alors gamin de 11 ans, il avait participé aux opérations de lutte contre un incendie en forêt d’Ermenonville. L’aviateur ne réalisa sûrement pas qu’il traversait une des plus belles régions de l’Ile de France : Ermenonville, Chaalis, Senlis – plus tard Chantilly.

carte

Roger Folliot :

Quelques véhicules de la Wehrmacht furent rencontrés. Nous avons siffloté… Il n’y eut aucun contrôle. En cas d’interception, le risque était pour l’Américain de devenir prisonnier de guerre en Allemagne selon la Convention de Genève, et pour nous, les Français, d’être fusillés sur le champ comme l’annonçait, placardée dans toute la France, une Bekanntmachung du Général von Stülpnagel.

On ne dira jamais assez combien les bicyclettes ont aidé loyalement les combattants clandestins à transporter, parfois en s’accrochant à un véhicule, des messages, des armes, un compagnon, la moitié d’un mouton etc…”

“Titou” se souvient d’un voyage de Clermont à Paris par la Nationale 17, accroché par un bras à une automitrailleuse allemande, de Pontarmé à Saint-Denis. En reconnaissance, il a conservé une de ses bicyclettes depuis 75 ans.

“L’étape suivante de notre entreprise fut de confier notre aviateur à Melle Marguerite Gronier, responsable locale du Secours National de Senlis, rue du Châtel, une organisation officielle à but caritatif des Autorités de Vichy. Cette position offrait à Melle Gronier une excellente couverture à ses activités clandestines”.

“Titou” quitta l’aviateur qui se trouvait dès lors dans un havre sûr. Le 2nd Lt Spinks résida là un peu plus d’un mois.

SecoursNationalSenlis

Senlis - Le Secours National.

Trois jours après son installation à Senlis, le 29 juin, il vit arriver un autre pilote de chasse américain dont l’avion avait été abattu lors d'un combat aérien deux jours auparavant dans la région de Soissons, dans l’Aisne. Il s’agissait du 2nd Lt Thomas W. Ruark, âgé de 24 ans et originaire du Maryland. De façon assez extraordinaire, Spinks et Ruark se connaissaient. Ils s'étaient rencontrés au cours de leur formation de pilote de chasse aux Etats-Unis. Autre circonstance surprenante, le 2nd Lt Ruark venait d’être retrouvé et pris en charge par René Charpentier, un membre très actif du groupe Decatoire, au sud d’Ermenonville, à Ver-sur-Launette, village proche de Eve où Jules Fossiez et “Titou” avaient recueilli le 2nd Lt Spinks.

HCSPINKS   RUARK

                                                                    Heyward C. Spinks                                                Thomas W. Ruark

Senlisete1944
Secours National de Senlis

Spinks, Marguerite Gronier, Ruark, Paulette Thomas et René Charpentier

La guerre, son tumulte, son brassage monstrueux peuvent créer toutes les situations. Il fut cependant peu fréquent que deux pilotes de “Mustang” américains, s’étant côtoyés aux Etats-Unis, envoyés combattre au-delà de l’Atlantique, touchant le sol presque le même jour près de deux villages français proches l’un de l’autre, puissent gagner un même refuge.

Après ce séjour de près de cinq semaines à Senlis, une nouvelle étape commença. Il s’agissait, en principe, de rejoindre les relais des grands réseaux d’évasion de France, tels les réseaux Comète et Shelburn qui conduisaient vers les Pyrénées ou vers le littoral de la Manche.

SPINKSRUARKGRONIER
Secours National de Senlis le 2 juillet 1944
Spinks et Ruark en compagnie de Marguerite Gronier

 

Ce sont Jules Fossiez et son beau-frère René Charpentier qui, tout d’abord, emmenèrent les 2nd Lts Spinks et Ruark à Chantilly. Là, nos aviateurs furent hébergés, rue du Connétable, chez Louis Mesureur, alias “Louis le coiffeur”, par ailleurs engagé dans un réseau en liaison radio avec Londres.

La description des différentes étapes au-delà de celle de Chantilly, basée sur le rapport personnel du 2nd Lt Spinks, peut être imparfaite en ce qui concerne la géographie et les réseaux spécialisés utilisés. Il reste qu’elle donne une idée de la complexité de la chaîne de transfert suivie par un aviateur retrouvé.

Le 2nd Lt Heyward C. Spinks fut successivement pris en charge par :

- deux guides féminines qui le conduisirent par le train jusqu’à la gare du Nord, à Paris.

- une infirmière qui le logea, ainsi que trois autres aviateurs (deux Anglais et un Américain).

- une clinique vétérinaire désaffectée, près de la Place d’Italie, durant deux jours.

- Mme Yvonne Diximier, une veuve qui résidait rue Jean Moréas, dans le 17e arrondissement, chez qui il séjourna en compagnie d’un autre aviateur.

 

Avant et après le Débarquement en Normandie, les attaques aériennes alliées en France occupée s’étaient particulièrement concentrées sur les nœuds de communications ferroviaires afin de paralyser l’acheminement des renforts allemands vers le front normand. Elles compliquaient également l’évacuation des aviateurs évadés vers la frontière espagnole. Il fut donc décidé de créer différents camps dans la forêt de Fréteval (Loir-et-Cher) sous la responsabilité de Lucien Boussa, un aviateur belge qui avait servi dans la Royal Air Force, et de Jean de Blommaert. Situés non loin de la Normandie, les aviateurs évadés y étaient regroupés en attendant la Libération désormais proche.

Ainsi, le 31 juillet, en compagnie d’autres aviateurs et escortés par différents guides, le 2nd Lt Spinks gagna en plusieurs jours, l’un des camps établis dans la forêt de Fréteval où il arriva le 6 août.

A l’arrivée du 2nd Lt Spinks, 125 aviateurs sont déjà regroupés. Le 12 août 1944, les troupes alliées libéraient la région. Deux jours plus tard, le 14 août, le 2nd Lt Spinks et d’autres aviateurs furent emmenés dans un bus, protégés par des parachutistes britanniques. Au-delà de la ville du Mans, le véhicule se renversa. Bien que légèrement blessé, Spinks séjourna dans plusieurs hôpitaux avant d’être rapatrié en Angleterre à bord d’un avion sanitaire. Depuis le début de sa mission, ayant utilisé quatre moyens de transport, avion, train, autobus et bicyclette, nous pouvons dire que c’est avec cette dernière qu’il eut le moins de problèmes !

Désormais, le 2nd Lt Heyward C. Spinks, qui combattait pour la victoire des Alliés, avait retrouvé la LIBERTE.

Après la fin du conflit, il revint par deux fois à Senlis afin de rencontrer et remercier personnellement ses sauveteurs. Il est décédé le 26 janvier 1990 à Beaufort, en Caroline du Sud.

Roger Folliot :

“Pour notre part, nous avons le sentiment d’avoir un peu effacé la détresse qui nous avait étreints en juin 1940. La France, son Histoire millénaire, sa langue, sa civilisation et son art de vivre ne pouvaient pas être dominés définitivement par un régime dictatorial et conquérant. Il nous fallait dire ‘Non’, penser contre, faire de petits gestes et ensuite, en nous organisant, effectuer des actions plus ambitieuses. De toute façon, AGIR. C’est ce que nous avons essayé de faire”.

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